La Lune… Était-ce ce que Claude Gauvreau cherchait à attraper au lasso avec sa prose de queue de veau? (Photo: Benjamin Gaillard)
Au plus profond des Entrailles décousues de Gauvreau…
Jouer la poésie farfelue et encombrée de Claude Gauvreau était véritablement injouable, la preuve en a été faite ce soir à La Nouvelle Scène. Bien que Joël Beddows ait pu compter sur un quatuor de choix pour livrer les vers du poète et d’un décor fort délicieux, il ne faut pas se leurrer: la montagne était trop à pic pour la gravir complètement.
Et qui blâmer? L’auteur? Peut-être; ses Entrailles sont si entassées les unes sur les autres, tellement disparates et girouettes, que l’on ne sait dans quelle direction cracher pour ne pas s’éclabousser. Est-ce de la poésie ou un amoncellement de mots qui ne sert en fin de compte qu’à museler le public ivre, qui ne demande qu’à comprendre le traître sens de ce cirque lingual?
Eh bien, faudra se rendre à l’évidence, il n’y a aucune sortie à ce labyrinthe qu’est la prose de Gauvreau. Ce que Joël Beddows arrive à faire par contre, pour ne pas que le vaisseau s’écrase, est de multiplier les métaphores visuelles joliment colorées pour clarifier ce qui se tramait probablement dans le cerveau du poète: forêts sombres et enchevêtrées, lumière aiguë ou saugrenue, sommeil profond d’où s’extirpe le rêveur divaguant, hallucinations fortuites et télécommandées, etc.
Il a drapé ses verbomoteurs Annick Léger, Évelyne Rompré, Paricia Ubeda et Hugues Fortin de blanc, pour qu’ils puissent se salir de l’encre de Gauvreau, qu’ils tanguent sur le fil de ses pensées, quitte à couler. Les quatre ont dû souffrir atrocement pour apprendre ces lignes, qui sont autant de couteaux dans les tempes que des mignardises pour la langue. Diable qu’on s’y perd souvent, tant le siège du conducteur est laissé vacant.
De lourds (pour ne pas dire titanesques) monologues en lourds monologues, on commence à lâcher prise et à s’avouer vaincu. Les mots ont gagné, c’est leur territoire. Beddows ne nous fait pas de cadeaux, il venge Gauvreau en ne le jugeant pas, il étonne en ressuscitant le trépas. Mais il ne détonne pas.
Applaudissements au scénographe Simon Guilbault, qui ravit par ce décor incongru et stimulant, à Sarah Balleux pour de simples et aguichants costumes et à Jean-Sébastien Côté pour ce froid et mélancolique environnement sonore. L’austérité et l’emmerdement (on ne rit pas) des personnages semblent être une partie de jambes en l’air à côté de la démarche créatrice de Gauvreau, dont les échos nous parviennent ici sous un voile cotonneux...
S’il y a quelque chose à tirer de cette production est que l’impossible est une mission. Et parfois, sans rejeter totalement les efforts déployés, on peut se questionner sur les desseins visés. Veut-on bourrer le crâne ou éveiller un intérêt pour l’œuvre d’un des plus insondables poètes du 20e siècle?
Vous avez jusqu’au 28 avril pour essayer de tout saisir…