SAINT-HYACINTHE - Prêtre, catholique, travaillant auprès des scouts, Daniel Moreau se dit "pour une laïcité ouverte".
Témoignant devant la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, lundi à Saint-Hyacinthe, le prêtre s'est présenté vêtu de son uniforme scout.
Il a soutenu que les questions d'accommodement sont d'abord une question d'identité. "Quand on assume son identité, on n'a pas peur des autres. On est de ceux et de celles qui vont vers les autres pour essayer de comprendre, d'analyser, de regarder et de s'enrichir de la différence de l'autre."
M. Moreau a même salué le "courage" des femmes musulmanes voilées qui s'étaient rendues à Hérouxville, célèbre pour son code de vie, afin de favoriser le dialogue entre les communautés.
Il s'est aussi dit "pour une laïcité ouverte où la présence du religieux n'est pas totalement effacée".
Il n'a pas d'objection, par exemple, à ce que la cathéchèse soit sortie des écoles, mais refuse que l'on renie l'importance des communautés religieuses dans le tissu communautaire et social au Québec.
"Je suis très heureux, moi, que la catéchèse soit sortie des écoles, très heureux, parce que ça nous permet, comme Eglise, d'être sur un terrain où les familles ont un vrai choix à faire."
Du même souffle cependant, M. Moreau ajoute que les communautés religieuses du Québec ont été derrière l'ouverture de bien des caisses populaires, la fondation de syndicats, de refuges pour itinérants. "Il y a beaucoup de communautés religieuses qui sont dans le tissu social; on ne peut exclure ça, comme ça, de l'espace public", s'est-il exclamé.
Pas vos guerres ici
Un autre citoyen de la région, M. Gérard Montpetit, est venu plaider pour que le Québec élabore sa politique d'immigration de façon à ne pas favoriser les ghettos mais l'intégration.
Il s'est élevé contre ce qu'il a appelé des ghettos, comme le quartier chinois ou le fait de certains immigrants qui, après des années, ne parlent ni le français ni l'anglais et qui ne cherchent donc guère à s'intégrer.
"Si vous voulez venir ici pour fuir la violence dans votre pays, bravo, mais si vous venez recréer ici un deuxième front de votre guerre séculaire, et bien je ne veux rien savoir", a lancé M. Montpetit.
M. Hai-Phong Nguyên, dont le père était doyen et officier d'infanterie au Vietnam et qui a immigré au Québec pour y devenir simple plongeur, a abondé dans le même sens.
L'intégration, "le tout doit commencer par la volonté des gens des communautés culturelles de s'intégrer à la 'mainstream society"', a plaidé M. Nguyên, qui enseigne aujourd'hui l'anglais. Il relate avoir fait un compromis entre sa culture et celle des Québécois.
Eduqué dans la discipline et le "respect", il dit que ses parents lui ont appris que "ce sont les Québécois qui nous ont donné une deuxième chance dans la vie et que nous devons notre vie à ce pays".
Plus cher ou pas?
La question de savoir si tous les clients d'un supermarché paient réellement plus cher pour des denrées casher (juif) ou al-Hal (musulman) est revenue sur le tapis, un échange entre les coprésidents Charles Taylor, Gérard Bouchard et un témoin, Roger-Henri Mougeot, ayant eu lieu à ce sujet.
M. Mougeot s'est dit convaincu qu'il payait son miel plus cher parce que le fabricant devait débourser 35 000 $ pour obtenir la certification du rabin et qu'il répartissait ensuite ce supplément à tous ses clients. Or, MM. Taylor et Bouchard ont mis en doute son affirmation et ont demandé des preuves.
M. Mougeot, d'origine marocaine, a témoigné avec beaucoup d'émotion, ayant échappé à un massacre au Maroc, en 1956, au cours duquel 90 personnes auraient été égorgées, a-t-il relaté.
Deux Québécoises chrétiennes converties à l'islam, Yolande et Maryam Tétreault, sont venues prêcher en faveur d'une plus grande ouverture à l'islam, une religion qui a injustement mauvaise presse, selon elles. Elles ont affirmé y avoir trouvé des valeurs importantes pour elles, comme le fait de s'occuper de ses aînés. Le coprésident Bouchard, impressionné, y est même allé d'une déclaration plutôt étonnante: "je n'ai qu'un regret à ce que vous vous soyiez converties à l'islam, ça me prive du plaisir de vous embrasser."
Plus tard, en soirée, l'une d'entre elles s'en est prise au fait que ce soit si difficile de faire accepter socialement qu'il y ait une salle de prière à l'Ecole de technologie supérieure, alors qu'on ouvre des gymnases pour 40 ou 50 sportifs.
Elle a dit avoir peur qu'avec la laïcité, on l'"oblige" à enlever son voile islamique. "Ma religion, c'est ma priorité."
Trop populaire
Par ailleurs, le porte-parole de la commission, Sylvain Leclerc, a fait savoir que la commission s'était mise à la recherche de salles plus grandes, pour les audiences de Montréal et Québec, notamment, la demande du public et des médias étant croissante. Le nombre d'inscrits au forum des citoyens de Montréal, par exemple, atteint 474, alors que la commission avait prévu une salle pour 300 personnes.
Il a précisé que les audiences nationales auront lieu à Montréal, à la mi-décembre, pour les groupes d'intérêt national: chambres de commerce, syndicats et autres. Ces audiences nationales seront distinctes des audiences régionales de Montréal qui, elles, auront lieu du 26 au 30 novembre.
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Lise Pinard
Commentaire mis en ligne le 16 octobre 2007J'aimerais dire à M. Taylor qu'il est facile de savoir si nous payons une taxe cachère sur les produits distribués dans nos supermarchés, il s'agit de regarder si le produit porte un logo cachère. Si c'est le cas, il n'a qu'à s'informer auprès de la communauté responsable de ce fait qui devraient se prononcer sur les raisons de cet état de fait. Car c'est la preuve qu'il y a intérêt.
Nous avons le droit de savoir jusqu'où va cette pratique.
Les preuves sont là. Reste à savoir comment elles influencent le coût de nos aliments.
Pour avoir un peu fouillé la question je dois dire qu'il n'y a pas qu'un seul logo mais bien des dizaines de logos différents...c'est quant même curieux.
Allez voir sur "kosher tax" vous y trouverez pas mal d'information.
LP