PARIS et OTTAWA - La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a appréhendé, jeudi avant-midi, à sa résidence de Gatineau, l'auteur présumé d'un attentat perpétré contre une synagogue de Paris en octobre 1980, selon le ministère canadien de la Justice. L'attentat avait fait quatre morts et une vingtaine de blessés.
La ministre française de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a déclaré dans un communiqué se réjouir de cette arrestation.
Hassan Diab, d'origine palestinienne et titulaire d'une double nationalité libanaise et canadienne, a été arrêté à la demande de la justice française, en vertu de la Loi sur l'extradition et d'un mandat provisoire.
Son avocat René Duval a mentionné à La Presse Canadienne que son client était étonné par son arrestation. "Il n'a jamais eu de dossier judiciaire, a-t-il déclaré. Il est la victime d'une erreur de la personne."
Agé de 55 ans, M. Diab était apparemment sous surveillance depuis plusieurs mois. Il n'a pas résisté à son arrestation, selon la GRC. Il enseignait la sociologie à l'Université d'Ottawa.
Des perquisitions ont aussi eu lieu à son domicile et à son lieu de travail, selon une source judiciaire française citée par le journal L'Express .
M. Diab devait comparaître en cour dans les 24 heures, selon la GRC. Il devrait éventuellement faire l'objet d'une demande d'extradition.
Les collègues de M. Diab à l'Université d'Ottawa ont refusé de commenter son arrestation, disant ne détenir aucune information et réserver leur jugement sur l'influence qu'il aurait pu avoir sur des étudiants. L'Université a simplement confirmé qu'un dénommé Hassan Diab y enseignait à temps partiel.
La même source judiciaire française a précisé que deux juges d'instruction antiterroristes, Marc Trévidic et Yves Jannier, étaient venus au Québec en début de semaine.
L'an dernier, le juge Trévidic, qui avait hérité de ce dossier, a lancé une commission rogatoire internationale pour recueillir des éléments sur le séjour aux Etats-Unis de l'auteur présumé de l'attentat du 3 octobre 1980. Hassan Diab vit au Canada après avoir passé plusieurs années aux Etats-Unis.
Le juge d'instruction antiterroriste avait demandé aux enquêteurs de rassembler des éléments (empreintes digitales, spécimens d'écriture, traces d'ADN) permettant de confondre le suspect présenté comme le chef du commando à l'origine de cet attentat sanglant.
On le soupçonne d'avoir fabriqué et placé une bombe dans le sac d'une motocyclette qu'il aurait stationnée devant la synagogue.
L'enquête française a été relancée en 2007 lorsque l'Allemagne a réussi à obtenir le fichier du Front populaire de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), soupçonné d'être à l'origine de cet attentat, sur lequel figuraient les noms d'une dizaine de personnes et l'a mis à disposition de plusieurs pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Israël...).
Le journal Le Figaro a publié récemment un entretien avec un homme portant ce nom et vivant au Canada qui déclarait être victime "d'une homonymie sans fondement", affirmant n'avoir "jamais appartenu à aucune organisation palestinienne ni milité politiquement".
Le 3 octobre 1980, vers 18h40, une bombe à la pentrite dissimulée sur une moto explosait à quelque mètres de la synagogue de l'Union libérale israélite, sur la rue Copernic, dans le XVIe arrondissement de Paris, quelques minutes seulement avant la sortie des 320 fidèles réunis en cette veille de Shabbat. Trois Français et une jeune Israélienne avaient été tués.
Le lendemain, quelque 200 000 personnes indignées manifestaient dans les rues de Paris.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne