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Entrez dans l'univers des «hommes en noir» de la salle Odyssée…

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 30 mai 2007 à 5:00
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Entrez dans l'univers des «hommes en noir» de la salle Odyssée…
Le chef d'équipe Joël Vaillancourt discute de la stratégie à adopter avec le directeur technique de la Maison de la culture, Denis Paquette. (Photo: Patrick Voyer)
Entrez dans l'univers des «hommes en noir» de la salle Odyssée…
La salle Odyssée de la Maison de la Culture est un des lieux de diffusion culturelle québécois les plus populaires. Les artistes adorent s'y produire et y revenir parce que l'accueil qui leur est réservé est de grande classe et que les «hommes en noir» de l'équipe technique, dirigés par Denis Paquette, sont de vraies petites fourmis...
La Revue est allé passer un avant-midi avec eux le 14 mai, alors qu'ils montaient le décor du gala de l'Étudiant Outaouais, prévu le lendemain. Nous avons été privilégiés d'entrer dans ce monde obscur régi par des professionnels polyvalents qui ne comptent pas leurs heures, ce boulot ingrat qui nécessite un grand esprit d'équipe, une concentration sans failles, une créativité insoupçonnée… et un jargon «franglais» fonctionnel!

Dès notre arrivée à 7h, Denis Paquette et sa troupe étaient en réunion éclair sur la scène nue de la salle Odyssée. Ils avaient énormément de boulot sur les planches et les techniciens savaient d'hors et déjà que les deux prochaines journées seraient rock & roll! La raison est simple: «D'habitude, on reçoit un plan deux semaines à l'avance et on le décortique. Mais là, on n'a pas de plan, on y va au pif, on se base sur quelques instructions…, lance Denis Paquette. Avec un spectacle 'amateur' comme cela, on a plus de latitude, mais c'est beaucoup plus demandant techniquement, les techniciens deviennent des automates, car ils ont un minimum de directives et doivent vivre avec des contraintes budgétaires. On doit livrer l'équivalent d'un show professionnel avec la moitié des moyens.» Habituellement, quand le montage est prévu, dresser la salle pour un spectacle à la salle Odyssée prend de huit à dix heures… la journée même.

Le chef éclairagiste Ghislain Belisle a donc usé de son intuition et de sa créativité pour imaginer l'ambiance idéale pour le gala. Denis Paquette lui avait donné jusqu'à environ 9h30 pour finaliser son installation. De 7h30 à 10h, Ghislain a donc dressé «à la mitaine» sur le bord de la scène un plan des lumières et, aidé de ses collègues et du chef d'équipe Joël Vaillancourt, les globes ont été montés sur quatre larges branches, cachées en haut de la scène lors du spectacle. Ces branches sont levées grâce à un système élaboré de palans (poids). Les angles et gélatines de couleur choisis et les tests (effectués grâce à de la fumée de scène pour que les faisceaux paraissent bien) terminés, on pouvait passer à autre chose, car le sablier s'égrène rapidement; la scène devait être «habillée» et tout le filage devait être branché pour 12h30, heure à laquelle les musiciens d'Éric Sauvé venaient faire leurs premiers accords!

Les micros, trépieds et fils étaient installés sur le coup de 10h30. Le responsable des moniteurs, Jean-François Audet, entrait alors véritablement «en scène», lui qui s'était échauffé avec les lumières. Il devait programmer la console (louée pour l'occasion) pour que chaque son qui sort des colonnes ou des petits haut-parleurs soit cristallin.

Vers 10h30, alors que Denis Paquette terminait ses téléphones avec quelques directeurs de tournée ou les chefs éclairagistes des artistes qui s'en venaient dans les prochaines semaines, nous prenions une petite pause jasette. «Tu sais, c'est un métier ingrat, avoue celui qui occupait il y a huit ans le même poste au Centre Corel et qui a vécu sur la route coincé dans un autobus avec de grands noms du rock pendant des dizaines d'années. La seule raison pour laquelle tu le fais, c'est l'amour que tu as, car tu as beaucoup de responsabilités, de pression sur les épaules. Les gars doivent opérer des systèmes de son d'un demi-million $! Un show prend en moyenne huit heures à monter et de deux à trois heures à démonter. Après, tu arrives chez vous, t'es pas douché, t'as pas mangé et il faut que tu recommences le lendemain matin. Parfois, c'est pendant 21 jours sans relâche… et les clients veulent maintenir un standard de qualité! C'est un métier de fou!», ajoute-t-il en riant.
Une vraie fourmilière
Les techniciens de scène sont des gens polyvalents: ils sont capables de jongler avec les éclairages, confectionner une plateforme roulante, brancher des entrées et sorties audio, installer un projecteur vidéo, etc. Tout ce boulot se déroule à un rythme effréné, la machine étant rodée au quart de tour. De 7h à midi, l'équipe de six n'a pris qu'une courte pause de quinze minutes!
Cette ruche fonctionne à merveille parce que Denis Paquette possède une équipe du tonnerre et est un des seuls directeurs techniques au Québec, sinon le seul, à répertorier tous les spectacles sur des fiches détaillées. Ainsi, quand il arrive le matin d'un show, il sait parfaitement où il s'en va, de sorte que lorsqu'il part sur l'heure du souper, ses collègues, qui termineront leur douze ou seize heures de travail en faisant le spectacle et en le démontant, sont bien aiguillés. Pas de stress…

«C'est comme une pyramide, explique Denis Paquette. Oui, il y a un directeur technique, mais si la base n'est pas solide, la pyramide s'écrase! On a une règle dans le milieu: The show must go on

Pour lui, tous les détails sont cruciaux dans le showbizz. Et si la salle Odyssée obtient autant de succès auprès des artistes depuis quelques années, c'est grâce à une collusion étincelante. «Le monde du spectacle est une coche au-dessus de l'armée côté efficacité! (Un show de Van Halen dans les années 80 brûlait autant d'énergie en deux heures que la ville de Kanata en une journée, alors à vos manettes messieurs que ça ne plante pas…) Chaque étape est importante, croit-il. De la façon dont les artistes sont reçus à la température dans la loge. Y'a même un frigo stocké de jus et de liqueur pour eux ici! Carmen (Carmen Bissonnette, adjointe à la directrice générale Julie Carrière) les attend parfois avec du sucre à la crème et des petites fleurs!»
Midi approche…
L'heure du dîner arrive rapidement, mais l'équipe de Denis Paquette, coordonnée de main de maître et dans le plus grand des respects (l'attitude zen des membres du groupe est un gage de réussite) par Joël Vaillancourt, est dans les temps. Le vidéo, l'audio, les équipements des musiciens et les éclairages seront disposés pour les premiers tests de son de l'après-midi. La soirée sera quant à elle consacrée aux essais avec les jeunes artistes de la relève, car le mardi matin, la générale battra son plein.
Comme on a pu entendre lors du gala de L'Étudiant Outaouais, le son était uniformisé, les éclairages savamment programmés selon les parties du spectacle, alors que les séquences sur écran géant et les changements de décor étaient calculés au tic-tac près.

Une autre mission accomplie pour Denis Paquette et ses confrères. Si la salle Odyssée reçoit autant de louanges, le directeur technique affirme que ça ne vient pas du ciel. «On a le centime du budget qu'ont le Casino et le CNA, mais c'est nous qui gagnons les Felix!, ironise-t-il. Imagine ce qu'on doit faire; le Casino a un système de son cinq fois plus coûteux que le nôtre, mais les artistes préfèrent venir ici. Adamo, Claudine Mercier, Mario Pelchat, ils allaient tous au CNA avant et là, ils viennent ici…», ajoute-t-il en se disant choyé d'avoir la liberté dont lui et ses collègues jouissent.

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