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Quelle pauvreté?

Article mis en ligne le 20 juillet 2007 à 23:03
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Quelle pauvreté?
Joëlle Rondeau

Collaboration spéciale



Sô-Tchanhoué, Bénin, Afrique.



Dans cet envoi, je pourrais vous parler des paillotes érigées en bambous devant moi, recouvertes de tôle toute rouillée que des pierres, à défaut de clous, fixent. Et avoir eu à écrire cet article deux mois plus tôt, j'aurais déblateré sur le désarroi d'avoir si peu pendant que de l'autre côté de l'océan, nous possédons tant.


Aujourd'hui cependant, je ne peux pas. Parce que depuis ces huit semaines passées dans ma communauté béninoise, il me semble que tout ce que je croyais être l'image même de la pauvreté s'effrite sous mes yeux. Ainsi, il peut bien être rouillé ce toît observé, ils peuvent bien laisser passer le vent, ces murs; au fond, ce qui lie le tout ensemble, ce sont davantage les liens familiaux tissés à l'intérieur. Alors se dresse devant moi une maison, non pas une habitation de fortune à la hauteur de la pitié que j'aurais pu ressentir à sa vue, que vous pourriez ressentir à sa description.

Enfin, voilà huit semaines passées à travailler en coopération internationale pendant lesquelles je me suis interrogée sur ce qu'est, finalement, le visage réel de la pauvreté. Voilà huit semaines que j'observe vivre des gens qui ont peu de biens, mais qui sont heureux. Et après tout, est-ce qu'ils auraient besoin d'une machine à laver? Besoin d'une télévision avec 200 canaux au choix? D'une automobile, du pentalon dernier cri?

Non, parce que la réalité du quotidien vécu ici est autre, tout simplement.

À cet effet, ces enfants que je regarde jouer au foot à l'instant où j'écris ces lignes; oui, leurs chandails, ces mêmes portés chaque jour, sont troués; oui, ils sont nu-pieds. Mais ces sourires francs sur leurs visages veulent tout dire. Combien de fois ce bonheur simple vaut-il celui de certains jeunes Québecois livrés à eux-mêmes parce que leurs parents se sont laissés avaler par leur travail! Quant aux enfants amusés sous mes yeux, auraient-ils besoin de davantage également? Non.

En fait, je prends connaissance du poids du cadre référentiel culturel à travers lequel nous entrevoyons et définissons la pauvreté. Autrement dit, je réalise que ce qui nous apparaît comme pauvre au Québec - manquer d'argent pour faire des sorties, pour pouvoir s'acheter des électroménagers usuels, des vêtements neufs - ne peut s'appliquer à ces images de pays en voie de développement que nous renvoient nos écrans. Par conséquent, la pauvreté, de la manière que nous la définissons, est avant tout culturelle.

Toutefois, observations faites, venue faire du développement international au Bénin, une interrogation demeure: sur quels standards est-il possible d'établir un programme de "développement" à proprement parler? Au final, n'est-ce pas de nos yeux occidentaux interessés que nous vient cette vision de ce qui représente le "développé" et le "sous-développé"? Subséquemment, les besoins réels retentissant de la voix des populations locales, quels sont-ils?

C'est dans un village reculé du Nord du Bénin que je l'ai perçu, cet appel de détresse. En effet, là où on m'a dit que le centre de santé le plus près se trouve à une heure de marche, que les revenus des récoltes agricoles sont insuffisants pour envoyer les enfants à l'école et répondre à leur faim; à la question êtes-vous heureux, on m'a répondu non.

La pauvreté, son visage hideux, il m'est apparu à ce moment. Et sa confrontation fait mal au coeur. Parce que lorsque vous plongez vos yeux dans le regard innocent des enfants pendant qu'ils vous racontent leurs ambitions, vous connaissez l'infime chance qu'ils ont de les réaliser. Et vous ne pouvez pas vous empêcher de penser à la multitude de ressources sur lesquelles vous avez pu compter pour réaliser les vôtres.

Cette semaine-là, j'ai compris qu'en matière de développement international, c'est pour l'égalité des chances de se réaliser en tant qu'individu qu'il faut ferrer nos chevaux de bataille, et ce, dorénavant et pour toujours.

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