L’environnement au cœur du Sommet de Montebello
La municipalité de Montebello, habituellement calme et paisible, a accueilli plus tôt cette semaine, la rencontre du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP). Ce sommet largement contesté parmi la population, les groupes environnementaux, sociaux et les syndicats a placé la ville de la Petite Nation sous les projecteurs pour l’instant de quelques jours, des jours chaotiques pour les résidents en raison des manifestations réclamant davantage de transparence de la part des dirigeants des trois pays membres de ce pacte, en l’occurrence Stephen Harper, George Bush et Felipe Calderon. Plus de participation citoyenne aux discussions, voilà ce que demandaient les manifestants.
Troisième rencontre du genre depuis la création en 2005 du PSP, le Canada, les États-Unis et le Mexique n’ont, pour leur part, malheureusement pas profité de cette occasion pour discuter sérieusement des impacts et des conséquences de leur presque immobilisme en matière d’environnement malgré le fait que la plupart des sujets abordés ont un lien direct avec l’omniprésence de polluants en Amérique du Nord et par la consommation abusive: la souveraineté dans l’Arctique, les pandémies continentales, les changements climatiques, la gestion des ressources naturelles, etc.
Durant la rencontre, bien des gens ont déferlé dans les rues de ce patelin historique pour exprimer leur dégoût de la façon de pratiquer la politique au Canada. Bref, cet événement a été une occasion en or pour les manifestants de lancer un appel pour une application plus juste du principe démocratique et une opportunité ratée pour les chefs de pays de discuter des préoccupations d’ordre environnemental.
La présence de nombreux policiers sur les lieux, les bombes lacrymogènes, le pillage des lieux et la clôture de sécurité ont souvent accaparé les écrans de télévision et les pages des journaux au grand détriment de certains débats publics de premières importances. En fait, outre l’aspect sécurité grandement souligné par les médias, l’environnement occupait une place de premier plan avec des thématiques comme l’harmonisation de la réglementation entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Chaque pays détient présentement le pouvoir de décider des engrais chimiques permis pour effectuer la croissance des fruits et légumes sur leur territoire respectif. Cependant, cette nouvelle méthode permettrait d’assouplir ou de renforcer des règles pour arriver à un accord commun, et ce, dans différents secteurs tels que le commerce, la sécurité aux frontières et la protection des ressources naturelles, par exemple.
Une harmonisation des règles en agriculture pourrait, entre autres, obliger le Canada à abaisser ses critères en matière de contrôle du niveau de pesticides utilisés pour la croissance des fruits et légumes pour ainsi s’ajuster aux exigences américaines ou mexicaines. Sachant que l’utilisation de produits chimiques nuit considérablement à la santé de l’espèce humaine, imaginez les conséquences de telles mesures sur la population à long terme si le Canada assouplit certaines restrictions! Ce choix d’uniformisation des règlements et des pratiques dans le domaine agraire pourrait ainsi causer éventuellement de graves conséquences.
D’ailleurs, à cet égard, les partis de l’opposition, dont le chef du Parti libéral, Stéphane Dion, ont manifesté la crainte d’un «nivellement par le bas des exigences réglementaires».
Qui plus est, en ce moment, le Canada et les États-Unis testent chacun de leur côté de l’acceptation ou du rejet de nouveaux pesticides sur le marché. Des accords du PSP en agriculture, diviserait le travail d’analyse entre les pays participants, donc si l’un accepte un tel produit, l’autre le fera aussi sans de recherche au préalable. De cette façon, des pesticides, que le Canada aurait normalement refusés, se verraient accepter par celui-ci.
Fait intéressant, les normes du Canada en matière de produits chimiques utilisés sont de 40% plus sévères que les normes américaines en la même matière.
L’uniformisation de certaines mesures environnementales peut donner des résultats positifs s’ils sont appliqués dans le respect de l’environnement et de son évolution dans les années à venir. Rappelons, cependant que les États-Unis n’ont pas ratifié le Protocole de Kyoto portant sur la réduction des gaz à effet de serre.
Cette rencontre tripartite pourrait aider les trois dirigeants dans la recherche de solution à long terme pour régler les problèmes environnementaux actuels causés par la trop grande latitude des gouvernements des dernières années. Néanmoins, le maintien secret des discussions abordées irrite la population qui s’inquiète, entre autres, du sort réservé à la question environnementale.
Pour vraiment avoir un impact, tous doivent participer dans l’élaboration d’un plan d’action à long terme puisqu’après tout, le sort de la planète affecte tout le monde sans exception, les hommes, les femmes comme les enfants, et ce, sans considérer la condition économique de chacun. La préservation d’un milieu sain et viable n’est pas chose exclusive. Tous doivent contribuer pour changer leurs habitudes de consommation y compris les grandes entreprises des trois pays liés par le PSP.
Karine Régimbald
Enviro Éduc-Action