Jean-Claude Cadieux avec un de ses protégés dont il prend soin avec une patience d'ermite et une précision d'horloger. (Photo: Patrick Voyer)
Le bonheur est dans le pigeonnier
Le pigeon est un des plus vaillants, rigoureux et vieux oiseaux de l'histoire; utilisé avant tout comme livreur de messages, ses utilités se sont multipliées avec le temps. Les deux principales aujourd'hui sont de bénir les mariages et de faire d'impressionnantes courses. Et c'est justement pour cette discipline que Jean-Claude Cadieux élève ses pigeons.
«J'ai toujours voulu avoir des pigeons, j'ai toujours aimé ça. Quand j'étais jeune, j'allais capturer des "pigeons de grange" avec mes amis au bâtiment de Canada Ciment. C'était notre hobby, confie-t-il. Mon père connaissait un monsieur Drouin, à Ottawa, qui gardait des pigeons de course. Il m'en a donnés, des pigeons pure race! C'est ce monsieur Drouin qui a déclenché cet amour-là!»
M. Cadieux ajoute que l'élevage de pigeon peut être une tradition dans certaines familles et que les Québécois de souche qui pratiquent cet art ne sont pas nombreux. La plupart des «pigeonneux» sont d'origine européenne. D'ailleurs, un Belge sur dix a un pigeonnier ou un colombier dans son potager… «C'est la Mecque des pigeons», précise le Gatinois.
Le Québec se distingue plutôt bien aussi, il faut le mentionner. Pas autant que l'Ontario, mais le Fleur de lysée offre une bonne compétition. «Avant, ce n'était pas permis dans l'ancienne ville de Gatineau, mais là, tant que tu es dans un club, c'est permis.»
M. Cadieux fait partie du Centennial, à Ottawa, un des deux seuls clubs d'éleveurs de pigeons de course de la région. Les membres sont très liés, très coopératifs. Ils se font cadeau de pigeons, s'entraident et s'améliorent ensemble. «J'ai de bons oiseaux que mes amis m'ont donnés!», avoue M. Cadieux.
Un travail d'ermite
Les courses de pigeon voyageur ont lieu en août et en septembre. Jean-Claude Cadieux en était à sa première année en tant que compétiteur et il a remporté une course sur quatre, un «exploit», compte tenu que les facteurs «chance», «température» et «expérience» pèsent lourd dans la balance. De plus, le nombre de pigeons participant à une course oscille entre 200 et 800! À la dernière course, 730 pigeons devaient parcourir plus de 600 kilomètres en une journée; 29 seulement ont terminé! «Il y avait des vents de 50 km/h! Il y a des choses qui arrivent dans une course que tu peux pas expliquer. C'est comme le fait qu'ils reviennent toujours chez eux!»
Qu'il ait profité de la chance du débutant ou non, Jean-Claude Cadieux aura travaillé comme un beau diable pour élever ses 31 oiseaux. Il les nourrit une fois par jour, le matin, avec un mélange spécial de graines (chaque éleveur a sa recette secrète) et les fait voler tôt, juste avant la bouffe.
Tout cela se fait avec une discipline exemplaire: «Les gens se font une opinion par rapport aux oiseaux qui traînent partout. Mais regardez, ma couverture de maison est impeccable contrairement à celle de mes voisins, lance amicalement M. Cadieux. Les pigeons sont bien domptés: je siffle et ils reviennent au bercail, ils ne vont pas s'accoter sur une couverture, ailleurs. Quand ils sont partis, c'est qu'ils volent, c'est dans leur nature, leur instinct, ils aiment voler. Ils ne connaissent pas ça chercher de la nourriture ou arrêter sur le bord de l'eau pour boire. Quand je siffle, ils savent que c'est l'heure de manger.»
Jean-Claude Cadieux indique que si un pigeon n'obéit pas, il se prive de nourriture pour un jour entier. «Le lendemain, c'est le premier à rentrer!», ironise-t-il.
L'éleveur nettoie religieusement son pigeonnier douze mois par année à tous les jours pour que ses sprinter grandissent dans les meilleures conditions possibles. Il n'a pas le choix, car toutes les journées sont importantes dans la vie de ces pigeonneaux qui grandissent vite. Une bague de plastique doit être posée à la patte de l'oiseau au septième jour, sinon l'éleveur ne sera plus capable de la lui enfiler!
Même si un pigeon voyageur peut vivre jusqu'à 15 ans, ses années les plus chargées seront ses trois premières; les jeunes «courseurs» sont lancés dès le premier mois de leur existence, alors que les «vieux» le sont jusqu'à 36 mois. Il y a bien évidemment deux types de compétitions différentes pour ces pigeons.
Élever des champions
Maintenant qu'il a brisé la glace avec brio cet été, Jean-Claude Cadieux a décidé de se consacrer au bien-être et à la multiplication de ses pigeons. Un de ses oiseaux est particulièrement intéressant de ce côté… «On se base toujours sur le pedigree de l'oiseau. Un des miens (il l'a payé 300$ à Montréal) a du sang de champion international. Son grand-père, son père et son arrière-grand-père étaient champions du monde. Il me sert juste pour la reproduction.» L'objectif de M. Cadieux est donc d'obtenir le plus de «champions potentiels», qu'il chouchoutera jusqu'à ce qu'ils soient aptes à voler à 50 km/h.
«L'exercice est important pour bâtir leur musculature. Le pigeon ne sera pas toujours bon, alors c'est à toi de voir qui est prêt.» Jean-Claude Cadieux sait qu'il doit accoupler adéquatement les oiseaux selon leur pedigree. Les pigeons sont très fidèles et défendent chèrement leur espace. Donc, s'ils disposent d'un environnement agréable, tout comme les humains, ils seront plus productifs et plus heureux!
La preuve? Des 31 oiseaux de M. Cadieux, deux seulement ont été blessés et deux ont été perdus cet été, une excellente moyenne selon l'éleveur! Sans oublier que ses pigeons ont terminé toutes les courses même s'ils n'ont pas tous été couronnés…
Le déroulement d'une course
La veille d'une compétition, un camion vient cueillir toutes les cages des éleveurs et les amène sur le site. Rendus sur place, les éleveurs posent une bague obligatoire à leurs oiseaux et préparent leur horloge. Cet outil multifonctionnel est composé d'un cadran, de plusieurs dispositifs et d'une imprimante. Quand les oiseaux sont lâchés, tous les participants actionnent leur horloge simultanément et la course se terminera quand l'éleveur fera tomber la bague de l'oiseau dans un dispositif qui fera stopper le chrono. Un papier avec les chiffres officiels sera ainsi remis aux juges. L'oiseau gagnant est celui qui parcoure le plus de distance à la minute. Le processus est le même pour les autres oiseaux de chaque compétiteur. Jean-Claude Cadieux explique que les bourses et gageures pour une course peuvent dépasser les 200 000$!