Des chicanes de ménage empreintes de réalisme!
Une heure trente de disputes conjugales, ça peut devenir long et pénible. Mais quand ces chicanes sont bien écrites et jouées par des comédiens de talent, elles se transforment en scène de ménage drôlement agréables et qu’on le veuille ou non, on s’y reconnaît!
Il ne fait pas douter qu’il faut être un public averti pour apprécier la pièce présenté jusqu’au 8 décembre à l’Espace René-Provost, Le Périmètre. Mais quand on sait ce qu’on s’en vient voir, on y prend goût!
Fermeture d’une compte conjoint, fête d’enfant à faire semblant, soirée trop arrosée qui finit dans la salle à coucher sans lendemain, et perte du respect des besoins de l’autre, voilà les étapes à travers lesquelles passe notre couple, formidablement interprété par Geneviève Couture et Yves Turbide. Stéphane Gravel se joint aussi à l’histoire, le temps d’embrouiller davantage les cartes.
Le texte de Frédéric Blanchette a mérité l’an dernier le Masque de l’année. Il s’agit d’un texte d’une réalité déconcertante, avec ses phrases non-finies, ses silences lourds et ses entrecoupements qui finissent dans une cacophonie dans laquelle aucun des belligérants ne se comprend.
Car il s’agit bien là d’une guerre, engendrée par une rupture récente, mais surtout par le besoin d’élever un enfant de la meilleure façon possible. Mais quand les parents ne partagent plus cette façon de faire, les choses finissent toujours par éclater.
L’Espace René-Provost, qui renaît avec cette pièce, vibre au rythme du couple. Cette salle, qui n’accueille que 70 spectateurs à la fois, revêt un côté intimiste qui ajoute au côté voyeur des choses, comme si chacun d’entre nous espionnait cette déchirure du couple, sans qu’on ne soit jugé pour agir ainsi.
Et le texte a la beauté de ne pas juger qui que ce soit, de ne pas donner raison à l’un ou à l’autre. L’ado retardé ou la «control freak»? L’auteur a laissé suffisamment de place, et de points de suspension (!) pour ne pas anéantir la destinée de l’un ou l’autre. Le spectateur est ainsi libre d’imaginer l’avenir, et libre de choisir celui ou celle qu’il aimerait mettre au «ballotage» si cette pièce était une téléréalité!