Marie-Ève Chassé, l'auteur Michel Ouellette et le metteur en scène roumain, Serban Dragnea. (Photo: Mathieu Girard)
Un duel sur l'identité sexuelle au 9e Laboratoire de mise en scène
Le Théâtre du Trillium innove encore une fois pour son 9e Labo de mise en scène en présentant deux versions, soit une française et une roumaine, du court texte de Michel Ouellette, Duel.
L'idée de la directrice artistique Sylvie Dufour de donner la parole à deux metteurs en scène d'origine et de culture différentes était évidemment d'offrir deux points de vue opposés à une œuvre centrale. Et pas n'importe laquelle, car Duel traite d'un sujet quelque peu chatouilleux: la quête et l'acceptation de son identité sexuelle.
Les rênes de ce duo ont été remises à Marie-Ève Chassé et Serban Dragnea (que nous avons interviewé), qui exploreront à leur manière ce texte, qui met en scène le personnage de Blanche, la mère d'Édouard, qui voulait que son fils soit une fille. Alors au lieu de l'appeler «Ed» ou «Édouard», elle s'adressait à «Heidi», patronyme préféré des fantasmes intemporels.
Comment dépeindre ce combat humain quand on est Canadien de souche, quand on est Roumain? C'est ce que le Labo expérimentera. «Premièrement, on n'a pas essayé de faire une pièce francophone, car elle est jouée en roumain. On a voulu trouver les vérités universelles du texte qui s'adaptent bien en roumain», précise Serban Dragnea dans un français soigné. Découvert il y a deux ans par Sylvie Dufour alors qu'il faisait du bénévolat chez eux, Serban Dragnea fait ses débuts à La Nouvelle Scène avec l'aide du chorégraphe Dan Necsulescu et de la pianiste Agneta Gibson, dont les notes ont été écrites spécialement pour l'événement.
Serban Dragnea a choisi une forme poétique et somme toute assez simple pour exprimer la complexité du message véhiculé par Michel Ouellette. Cependant, la réflexion a été longue: «On se demandait si c'était une autobiographie ou non, si Michel parlait vraiment de son expérience, bien sûr pas à 100%... On se demandait aussi si Heidi était une petite fille pure ou non, car il y a une ambiguïté dans le texte. On s'est donc concentré sur l'idéal féminin.»
Trouver le juste milieu
Cet idéal, il passera surtout par un troisième rôle, soit celui d'une danseuse de ballet. Et c'est probablement cet ajout qui distinguera la mise en scène de Serban Dragnea, si on exclut la langue, de celle de Marie-Ève Chassé. «On ne change pas les personnages, on a introduit explicitement une présence féminine, une danseuse, qui représente la partie féminine du fils, explique-t-il. Il y a deux monologues en parallèle: quand le fils parle, elle acte, elle danse, et quand la mère parle, elle est gelée. La mère sait qu'elle est là, elle interagit avec elle, mais la danseuse répond seulement à Édouard.»
Serban Dragnea a fait un parallèle entre le psychodrame de Ouellette et le poète autrichien, Rainer Maria Rilke. «Il était vêtu en fillette par sa mère, de sorte que sa personnalité était divisée en deux. Il y a des moments où il haïssait sa mère, même s'il l'aimait, car elle l'avait toujours supporté.»
«Mais l'identité sexuelle, c'est plus que ça: le problème que le fils a est de prouver cette identité. Il y a des gens qui sont contents de leur identité, d'autres sont assez contents d'être entre les deux et nous, on pense qu'Édouard veut trouver son identité.»
Les rôles de Blanche et Édouard seront endossés par Marie-Danielle Aubut et Steve Arnold, dans la version française, et par Bebi Kotlarewski (qui a aussi assuré la traduction roumaine) et Cosmin Dumitrescu. La danseuse sera interprétée par Anne Marie Mera.
Le Labo de mise en scène est présenté du 16 au 19 janvier, 20h, à La Nouvelle Scène. Billets: 613 241-2727.