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Catherine Hébert rend humain le drame ougandais

Le documentaire «De l'autre côté du pays» en présentation au Théâtre de l'Île le 29 janvier

Marie-Eve Bouchard par Marie-Eve Bouchard
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Article mis en ligne le 25 janvier 2008 à 15:14
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Catherine Hébert rend humain le drame ougandais
Caroline, l'une des enfants qui doit marcher plus de 10km pour passer la nuit dans un établissement protégé par les soldats, à l'abri des rebelles de LRA.
Catherine Hébert rend humain le drame ougandais
Le documentaire «De l'autre côté du pays» en présentation au Théâtre de l'Île le 29 janvier
Depuis deux décennies, l'Ouganda est non seulement déchiré par le passage du Nil, mais aussi par une guerre qui dévaste le nord du pays alors qu'un règne de terreur a été instauré par la présence de rebelles. Si bien que les enfants sont enlevés pour être enrôlés dans l'armée, les maisons pillées et incendiées et les survivants confinés par le gouvernement du pays dans des camps de réfugiés depuis des années.
C'est en assistant, par pur hasard, à une conférence sur les femmes et les enfants dans les pays en difficultés que Catherine Hébert a eu son premier contact avec le problème ougandais. «La conférencière était un peu désespérée parce que le rapport sur la situation en Ouganda a été laissé sur une tablette. Comme elle avait déjà vu un de mes documentaires et qu'elle avait bien aimé, elle m'a suggéré de m'intéresser à ce qui se passait dans le nord de l'Ouganda.»

Catherine Hébert met les pieds dans le nord de l'Ouganda pour une première fois en 2004. Un pays ravagé par 20 ans de guerre, de peur, de tristesse. Elle y réalise un premier reportage intitulé Des mangues pour Charlotte, où elle présentait la lutte d'une mère pour retrouver sa petite fille enlevée par les rebelles.

Après Des mangues pour Charlotte, Catherine Hébert, originaire de Valleyfield, sentait qu'elle n'avait pas complètement fait le tour du problème ougandais. Elle tenait à retourner au pays et à approfondir la question.

«Entre-temps, Charlotte, la petite fille qui avait été enlevée, est revenue auprès de sa mère avec ses deux enfants nés là-bas. Mais j'avais encore envie d'y retourner pour y réaliser un documentaire, qui est plus long et qui permet d'approfondir davantage le sujet. Mais comme avoir du financement, c'est long, toutes les démarches ont pris deux ans», raconte la réalisatrice.

Elle réussit donc à retourner dans le nord de l'Ouganda, seule pendant un mois, afin de faire du repérage et de trouver les intervenants qui viendront alimenter son documentaire. «Évidemment, je suis retournée voir Angelina, la mère de mon reportage et j'ai aussi fait mes propres recherches, notamment dans les camps de réfugiés. Même si on ne parle pas la même langue, il fallait quand même que je réussisse à tisser des liens et comme nous sommes des humains, il y en a avec qui ce fut plus facile.»

C'est de cette façon qu'elle a rencontré Caroline, une jeune fille qui marche des dizaines de kilomètres pour se mettre à l'abri le soir venu pour fuir les rebelles et cette dame qui a perdu maison, enfants et tout ce qu'elle avait après le passage des rebelles, pour ne nommer que ceux-là. «Cette période de recherche était essentielle parce que je voulais que les gens comprennent bien pourquoi on était là et qu'ils ne voient pas seulement la caméra…»

«Par la suite, je suis revenue en Ouganda avec l'équipe pour le tournage qui a duré trois semaines.» Tout un défi quand on sait que les journalistes ne sont pas autorisés à se rendre dans le nord, à moins d'être accompagnés par un délégué du gouvernement, un «pion» comme les appelle la réalisatrice. «On est entré clandestinement. En fait, on s'est fait passer pour des travailleurs humanitaires. Comme le pays est abandonné et négligé par son gouvernement, il n'y a pas personne qui nous a dénoncés et les gens étaient super contents qu'on soit là pour dire aux gens ce qui se passe vraiment.»

Pour Catherine Hébert, l'Ouganda est un pays de contradiction. «Il y a des paysages, mais en même temps, il est ravagé par une guerre et une misère inimaginable. Je voulais parler de ce conflit, mais d'une autre façon. Pas avec l'imagerie spectaculaire de CNN, mais je voulais rendre le drame à travers des yeux humains. C'était important pour moi que le documentaire ait un côté poétique, de laisser parler l'image.»

Avec comme résultat de superbes images, des commentaires touchants, une vision humaine de la situation et surtout des silences lourds d'émotions. «C'est un film fait pour être vu sur grand écran pour que les silences soient vraiment sentis à leur juste valeur. On a voulu prendre le temps, en fait on s'est adapté à leur temps, ralentis par la peur et la guerre», confie la réalisatrice qui a fait des études en journalisme international avant de se tourner vers le cinéma.

Pour Catherine, de présenter son documentaire et de répondre aux questions fait partie des choses qu'elle peut faire pour aider les habitants du pays. «Mon rôle c'est de rendre l'information disponible», affirme celle qui prépare un reportage sur le travail de femmes activistes au Congo qui travaillent à dénoncer les victimes de violence sexuelle.

Quant à retourner en Ouganda, Catherine Hébert ne se raconte pas d'histoires: elle risque de ne pas y être la bienvenue. Surtout que le documentaire s'est promené un peu partout à travers le monde. «Même si j'aimerais revoir mes amis et surtout que la guerre a diminué en intensité. Mais je risque bien d'être déclarée persona non grata et la seule façon de le savoir, c'est de me rendre jusqu'à l'aéroport là-bas.»
Le documentaire de Catherine Hébert, «De l'autre côté du pays» sera présenté le 29 janvier prochain au Théâtre de l'Île à 19h30, en présence de la réalisatrice qui sera sur place pour répondre aux questions et échanger avec le public. La projection est gratuite, mais il est recommandé de réserver en composant le 819 243-8000. Le documentaire sera également diffusé sur les ondes de Télé-Québec le 4 février à 21h.

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