La technologie et l’électronique côtoient de plus en plus la mécanique automobile depuis quelques années…(Photo: Daniel LeBlanc)
Sylvain Bergeron, un mordu de mécanique… et de technique automobile!
Même à 51 ans bien comptés, Sylvain Bergeron a une grande passion, et celle-ci l’anime de la même façon qu’il y a plus de 30 ans, lorsqu’il a fait ses premiers pas dans le domaine. Celui qui est originaire de Rouyn-Noranda mais qui a adopté la région voisine, l’Outaouais, est technicien automobile chez Gatineau Nissan depuis deux ans.
«Quand j’étais tout petit, c’était bien rare que je n’essayais pas de défaire l’un de mes jouets pour voir ce qui se cachait à l’intérieur», affirme celui qui s’est d’abord et avant tout intéressé aux automobiles en raison de son père, qui a toujours bricolé sous le capot des voitures.
Des emplois, ce n’est pas ça qui a manqué pour lui. Au milieu des années 70, Sylvain Bergeron travaillait comme laveur d’autos chez SC Toyota, à Gatineau, lorsqu’il a décidé de retourner dans sa région natale, l’Abitibi-Témiscamingue. Par la suite, il a travaillé comme mécanicien dans un concessionnaire GM, avant de bosser pour le compte d’une entreprise de machinerie lourde puis dans le domaine de la plomberie. Pendant quelques années, il a occupé les fonctions de mécanicien dans une station-service Shell, avant de faire la même chose dans deux autres garages. Vers la fin des années 90, après s’être séparé de sa conjointe, il est revenu en Outaouais où il a depuis travaillé dans divers garages tels Expert sur Roues et Autopro. Lassé de la mécanique, il a même quitté temporairement le domaine pour aller travailler comme ébéniste pendant environ un an. Sauf qu’en raison des bas salaires, il est revenu à ses vrais amours et depuis deux ans, il fait partie de l’équipe de techniciens automobiles chez Gatineau Nissan. «Deux jours après avoir donné mes coordonnées, trois garages voulaient m’engager», se rappelle-t-il.
Il faut savoir que ce n’est pas pour rien qu’en 2008, on emploie majoritairement le terme «technicien automobile» au lieu de «mécanicien automobile». Depuis plusieurs années déjà, les grands constructeurs automobiles ont ajouté beaucoup d’équipement électronique dans les véhicules, ce qui fait que les gens qui bossent dans ce domaine doivent non seulement être à l’aise avec un moteur, mais aussi avec un ordinateur! Dans le cas de M. Bergeron, est-ce que l’adaptation a été pénible? «Tout cela est venu graduellement, donc on a eu le temps de s’habituer. C’est surtout dans les années 80 que ç’a été plus difficile parce que toutes les compagnies avaient de la difficulté. C’était la fin du système de carburateur», dit-il. L’homme précise d’ailleurs qu’il y a de nombreuses années, il y avait peut-être une valeur de 300$ d’équipement électronique à l’intérieur d’une voiture, alors que de nos jours, on peut parler, tout dépendant des cas, de 6000$! Aussi, les outils que doivent utiliser les techniciens automobiles sont bien loin d’être gratuits. Sylvain Bergeron estime que racheter à neuf tout le coffre d’outils dont il se sert au travail pourrait coûter la rondelette somme de 35 000$...
Malgré ce que l’on pourrait penser, trouver de la relève dans ce secteur d’emploi sera ardue à l’avenir. «Ça va devenir une denrée très rare un technicien automobile, qu’on le veuille ou non. La relève n’est vraiment pas assurée. Environ un étudiant sur 10 poursuit jusqu’au bout ses études dans ce domaine», lance M. Bergeron. Pourquoi? Il croit que les programmes d’études ne prodiguent pas toutes les connaissances nécessaires aux jeunes, soit la mécanique, l’électricité et l’hydraulique, en passant par le pneumatique et les lois de la physique. «Beaucoup d’étudiants disent que ce n’est pas adéquat», mentionne-t-il. Dans un autre ordre d’idées, on ne révèle certainement aucun secret en disant que c’est majoritairement des hommes qui gagnent leur pain dans un garage. «Il y a certains endroits où il y a beaucoup de compétition entre les gars, mais ici, on se taquine et la bonne entente règne», de dire M. Bergeron, qui ne cache pas qu’il aime aussi être entouré de femmes!
M. Bergeron réfléchit pendant quelques minutes lorsqu’on lui demande quels sont les pires véhicules ou constructeurs qu’il a pu voir en plus de 30 ans de métier. C’est que selon lui, il y en a plusieurs! «Parmi les pires automobiles que j’ai vu sur le marché, il y a les Renault, qui ont eu beaucoup de misère au Canada entre autres à cause du froid. Certaines voitures ne pouvaient même plus freiner en hiver et elles avaient aussi des problèmes électriques», affirme-t-il. Mais le technicien automobile croit que les pires voitures qu’il a vues au pays sont celles du constructeur Skoda, originaire d’Europe. «C’était épouvantable. Ça n’aurait jamais dû être mis sur le marché ici, c’était pire que la marque Lada», lance-t-il.
D’un autre côté, celui qui a fait la navette Outaouais-Abitibi à maintes reprises dans sa vie croit que les meilleurs constructeurs, aujourd’hui, sont Toyota, Honda, Nissan et Hyundai. D’ailleurs, M. Bergeron ne se gêne pas pour dire que les constructeurs nord-américains (General Motors, Ford) ne sont pas en déclin pour rien, depuis quelques années. «La qualité de fabrication n’est pas aussi bonne et selon moi, Toyota aurait dépassé GM bien avant s’il n’y avait jamais eu un embargo sur les autos japonaises, il y a plusieurs années», dit-il. En effet, des données rendues publiques en janvier ont démontré que les deux «grands» de l’automobile sont plus que jamais nez à nez. Au niveau mondial, en 2007, General Motos a vendu 9,36 millions de véhicules, alors que Toyota en a écoulé 9,37 millions…
Sylvain Bergeron est d’avis que le meilleur aspect de son travail est certainement son horaire stable, cinq jours par semaine. Également, particulièrement avec la saison hivernale qui n’en finit plus comme cette année, il dit apprécier au plus haut point le fait qu’il travaille à la chaleur dans un garage. «Ce n’est pas comme dans le domaine de la construction», affirme-t-il avec un air compatissant pour ceux qui oeuvrent dans ce domaine. Quant à ce qu’il aime moins, il s’agit ces restrictions au niveau du temps avec lesquelles doivent composer les techniciens automobiles. «On n’a pas toujours le temps de donner toute la qualité qu’on voudrait donner», soutient-il, précisant par contre que le travail est tout de même effectué minutieusement, surtout en sachant que le client paie jusqu’à 75$ l’heure pour des réparations.
Le technicien automobile croit que l’automne est certainement la saison la plus occupée dans les garages, entre autres parce que les gens prennent massivement rendez-vous pour le changement de leurs pneus. Après Noël, généralement, la tendance est au calme. Cette année, toutefois, c’est tout le contraire pour les employés de la carrosserie, par exemple, puisque le rigoureux hiver que nous avons connu a apporté son lot d’accidents et d’accrochages sur les routes.
Dans une ère de plus en plus «verte» où bien des gens sont davantage conscientisés par le respect de l’environnement, il dit avoir lui-même suivi quelques formations dans cette optique dernièrement. Halocarbures, produits dangereux, normes antipollution et bien d’autres sont au nombre des sujets abordés. Et que pense M. Bergeron de la décision du gouvernement fédéral, lors du dernier budget, de faire disparaître le programme qui accordait des rabais de quelques milliers de dollars aux acheteurs de voitures dites «vertes»? «Je pense que c’est un peu aberrant, mais en quelque part, ce sont les pétrolières qui ont le contrôle sur les gouvernements», s’exprime-t-il.
À l’extérieur du boulot, les arts, les spectacles, la course automobile (bien sûr, dit-il!) et la moto sont les passe-temps principaux de Sylvain Bergeron, qui rigole bien lorsqu’il avoue avoir pratiqué un sport d’hiver cette année: le déneigement! Quant à l’ébénisterie, il est loin de l’avoir oublié, car c’est pour lui l’une de ses plus grandes passions.