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Pied de nez à l’étroitesse d’esprit

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 26 mars 2008 à 22:34
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Bashir Lahzar, incarné par Denis Gravereaux, le racisme est présenté sous forme d’une étroitesse d’esprit obsolète. Photo: Valérie Remise">Pied de nez à l’étroitesse d’esprit
Dans Bashir Lahzar, incarné par Denis Gravereaux, le racisme est présenté sous forme d’une étroitesse d’esprit obsolète. Photo: Valérie Remise
Pied de nez à l’étroitesse d’esprit
Le cliché du prof remplaçant a toujours été populaire, bien que sali au cinéma. Alors si on l’aime tant, imaginez-en un autre, un «réfugié politique» arabe, direct (maladroit pour les ennuyeux), vieux jeu, victime de l’indifférence et des préjugés, dans un Québec en perte de direction, et vous avez devant vous Bashir Lahzar.
Le comédien Denis Gravereaux, l’auteure Evelyne de la Chenelière et le metteur en scène Daniel Brière volent la vedette de ce splendide solo intitulé simplement Bashir Lahzar. Une presque satire, bien que dramatique, de l’époque où l’on macère dans notre jus épais, en attente d’un système d’éducation plus strict et géré par des gens qui s’en foutent moins, à la recherche d’une philosophie identitaire commune, bref en plein désarroi.

Bashir Lahzar est engagé maladroitement dans une école primaire pour remplacer la prof, qui a eu la brillante idée de se pendre dans l’institution remplie de jeunes moussaillons. Notre Arabe originaire d’Afrique du Nord tentera par tous les moyens d’enseigner dans cette classe plus habituée d’être en congé ou de souhaiter la récré que d’étudier avidement. Il fera face également à une directrice pincée et couarde et une collègue susceptible, deux stéréotypes qui font sourire. Et il fera tout cela en n’ayant qu’une correspondance d’autobus dans la poche et une famille qu’il a de la difficulté à faire entrer au pays… De gré ou d’imaginaire…

Attachant, envoûtant, le personnage trituré et un poil sympathique qu’endosse avec brio Denis Gravereaux «passe la gratte» durant 1h15 sur tout ce qui nous rend si stupide de nos jours: le manque de sérieux, la bureaucratie, le courage absent, le sacrifice transparent, et par-dessus tout, l’étroitesse d’esprit. Evelyne de la Chenelière cerne avec justesse nos travers et parvient à nous asséner quelques bons coups sur la margoulette.

Et que dire de cette scéno impeccable! Daniel Brière a réussi à encabaner Bashir dans un espace restreint, mais pourtant vivace. Un bureau, une chaise et un quatuor de cadres qui font office de tableau, et qui servent de miroir aux images réfléchies par une caméra posée au plafond, juste au-dessus du bureau. Intelligente idée qui nous fait entrer dans la bulle du soliste, qui nous ouvre inconsciemment son univers, et qui nous fait sauter d’un endroit à l’autre, de l’Afrique au bureau de la directrice.

C’est d’une pureté, d’un confort, mais amis, c’est superbe. On n’a qu’à se caler dans notre fauteuil pour ce court moment, car notre salon est devant nous! Ajoutons à cela une diction presque parfaite du comédien et un texte précis, aigre-doux, et… enfin, vous avez compris.
À voir au Studio du CNA jusqu’à samedi, 20h.

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