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«Le théâtre est là, allez-y ou non!» - Wajdi Mouawad

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 29 avril 2008 à 12:00
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«Le théâtre est là, allez-y ou non!» - Wajdi Mouawad
Wajdi Mouawad et Benoît Vermeulen invitent le public à dialoguer avec eux durant les cinq prochaines années. (Photo: Patrick Voyer)
«Le théâtre est là, allez-y ou non!» - Wajdi Mouawad
«J'ai envie de renverser une chose, mais je dois le faire délicatement, sans brusquer. Je veux renverser la manière avec laquelle on considère le travail d'un artiste; j'ai envie que le spectateur partage la notion de peur avec le créateur. Je ne vous rassurerai pas en vous disant que ça va être bon, ce que je vais vous dire c'est: y'a un théâtre, vous pouvez venir ou non.»
La vision du nouveau directeur artistique du Théâtre français du CNA, Wajdi Mouawad, est bien spéciale. Elle fait le pont entre les artistes et le spectateur de manière intime et puissante à la fois. Intime, parce que le public sera invité pendant cinq ans à dialoguer avec les créateurs, et puissante parce qu'il devra vivre les spectacles en se laissant surprendre.

La dernière chose que Mouawad désire est une salle pleine de gens qui ont l'habitude de lire le résumé à l'endos d'une pochette de film. Il a plutôt envie que le théâtre soit un catalyseur, un «changeur de vie», une invitation à marcher dans le noir. «Ça me frappe toujours quand le spectateur sort de la salle et évoque une expérience de frayeur (peur de l'inconnu). Car oui, il se peut qu'après la représentation, je change de place, de vie. J'aimerais donc que le spectateur soit inquiété; c'est un engagement qu'il prend. J'aimerais qu'il exige de l'artiste d'être inquiété, parce que la meilleure façon de le respecter est qu'il soit dans le même état que nous, les artistes», glisse-t-il le plus sérieusement du monde au lendemain du lancement de sa première saison, la 2008-2009.

Wajdi Mouawad prétend que l'institution du théâtre ne tombera jamais tant que la réflexion et l'ouverture vers l'autre seront les leitmotivs du public. «Le théâtre restera toujours, car c'est un art pauvre. Et je crois que l'important est la diversité des formes théâtrales […] C'est le seul endroit où on peut avoir encore peur ensemble…», ajoute-t-il pour expliquer un peu cette phrase-phare de la saison 2008-2009: «Nous sommes en guerre».

Son collègue Benoît Vermeulen, responsable de la très importante section jeunesse, abonde dans le même sens. «Les humains n'ont pas besoin d'être rassurés, car dans le fin fond, tout le monde aime être surpris, déstabilisé. On va toujours avoir besoin de la rencontre, de se rencontrer devant l'art.» Par exemple, le duo souhaite qu'un parent qui vient voir un spectacle avec son enfant prenne autant de plaisir que lui, qu'il soit heureux de constater que son rejeton est déstabilisé, pas juste diverti.

Raison pour laquelle le Théâtre français a établi des partenariats avec divers lieux de diffusion artistique, tels que le Musée des beaux arts, pour que les jeunes puissent explorer toutes les dimensions de la création. «Nous nous appuyons sur le fait que le jeune spectateur est un spectateur à part entière. Nous voulons amener l'enfant à prendre conscience que dans sa ville, il y a un théâtre ou un musée, et qu'il peut les mettre en relation. De sorte que, dans 20 ans, quand il sera à notre place, il aura vécu cette aventure-là et pourra la transmettre», explique Wajdi Mouawad, qui se fera un devoir de ne pas abuser de la didactique pour ainsi éviter de «saturer la relève».
Deux événements majeurs
Fidèle à son habitude, Wajdi Mouawad prépare des spectacles-événements qui repoussent les limites du théâtre tel qu'on le connaît.
Le premier, qui est présentement réalisable en France, est la présentation coup sur coup des quatre œuvres Littoral, Incendies, Forêts et Ciel. Mouawad veut concrétiser ce projet ici, à Ottawa, mais réfléchit encore sur la façon de réunir les 40 comédiens nécessaires… En tout cas, Ciel sera assurément présenté au CNA dans les prochaines années.

Enfin, il mettra sur pied un événement jamais vu pour la fin de son mandat: «Je vais faire voir aux spectateurs les sept tragédies de Sophocle dans la même soirée», lance tout bonnement le directeur artistique. Cette longue narration s'échelonnera d'Ajax, à Œdipe, jusqu'à Créon, personnages-clés de la mythologie grecque. Le public aura d'ailleurs un avant-goût de cette dévotion du créateur lors du dernier spectacle de la saison 2008-2009, Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face, dans lequel Mouawad raconte d'où Œdipe est issu.

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