Gilles Provost tire sa révérence au Théâtre de l'Île, mais tout le monde se doute que son esprit flottera toujours en ces historiques murs… (Photo: Patrick Voyer)
Gilles Provost part sous un ciel ensoleillé
Le Théâtre de l'Île ne sera plus le même dans deux semaines quand la silhouette de Gilles Provost n'hantera plus l'historique édifice. Rencontre agréable sur un banc de parc avec la colonne vertébrale du théâtre, qui laisse derrière lui un riche héritage de rires et de soupirs dramatiques.
C'est un homme dépourvu de regrets, encore moins de remords, qui est assis devant nous. «Non, je n'ai pas de regrets. Et ce n'est pas d'avoir la tête enflée et de dire 'Y'en a pas un 'ostie' qui va pouvoir me remplacer. Ce que la Ville m'a permis de faire est d'établir 'quelque chose' et je sais que ça va continuer. Mes affaires de fou, mes affaires de rêve, la Ville m'a permis de les faire à une petite échelle.»
L'amour de Hull et du ruisseau de la Brasserie auront enraciné Gilles Provost dans ce jardin majestueux baigné de soleil et de création qu'est le Théâtre de l'Île. Lui qui a bûché dur dans la trentaine pour que le théâtre francophone atteigne les oreilles, les yeux et l'âme des amateurs des deux côtés de la rivière, aura trouvé dans cette enceinte une compagne de tous les jours durant trois décennies. Une compagne qui s'est bien entendu avec Claude, le croissant de lune qui a complété l'astre brillant de Gilles Provost au fil des années.
L'avenir du théâtre sera comme les quatre saisons: toujours présent pour nous ébouriffer le chignon ou nous faire suer… Et l'idée d'un théâtre communautaire, qui parvient à satisfaire toutes les clientèles et toutes les catégories d'artistes, restera quant à elle un fantasme pour l'homme de scène. «Dans le futur, les gens vont penser qu'il y a un endroit dans la Ville de Gatineau où des artistes en émergence peuvent se faire connaître et tester leur spectacle, et où des gens pourront jouer qu'une seule fois pour être de meilleurs spectateurs. La Ville s'est fait complimenter plus d'une fois pour son implication et la chance qu'elle a donnée à jeunes artistes, ajoute-t-il. […] J'ai toujours été préoccupé de créer du travail pour les jeunes pour qu'ils restent une couple de mois de plus dans la région…»
Et que dire des professionnels qui ont laissé d'impérissables souvenirs en ces murs enchanteurs et bienveillants?! Gilles Provost se rappelle de l'époque où le théâtre anglophone l'a frappé de plein fouet à l'âge de 16 ans, de l'époque où des comédiens de renom venus tourner un film passaient jouer au Théâtre, l'époque où le maire Gilles Rocheleau et les fonctionnaires municipaux Jean-Claude Pigeon, Jean Cadieux et Aldo Marleau ont cru en ce projet du Théâtre de l'Île… Et 33 ans plus tard, le travail acharné des artistes et l'amour de Gilles Provost leur ont donné raison.
Un homme serein
Gilles Provost n'aura plus besoin de se «taper» des tâches administratives, ce qui le comble au plus haut point. Mais il ne garde pas d'aigres souvenirs de cette réalité «dépenses-revenus» que tout directeur de théâtre doit respecter.
«Je me compte extrêmement chanceux d'avoir la chance que j'ai à 70 ans. Quand t'es généralement de bonne humeur, que tu te couches avec quelqu'un en qui t'as confiance, que tu te lèves avec bonheur et que tu as le sens de l'humour… Alors non, ça n'a pas été trop long, trop court; et si je me suis emmerdé 6 mois sur 33 ans de bonheur, c'est qu'il n'y a pas eu ben ben de mauvais moments.»
Le sourire au coin, la sérénité dans le regard, Gilles Provost prévoit des jours heureux dans ce petit cocon niché au cœur de la ville: «Au bord de l'eau comme ça, et avec tous les téléphones et les bébelles aujourd'hui, ça calme. Et quand le projet Dallaire va se développer, ça va être un beau coin artistique.»
Reste celui ou celle qui le remplacera aux rênes du traîneau. «Un poste comme ça, c'est dealer avec tes patrons qui sont les conseillers et le maire, car tu représentes l'image de la ville. Et il faut que tu sois ouvert à parler avec les gens, car oui, il y a des gens qui ont beaucoup de métier, mais y'a aussi des jeunes artistes, donc y'a pas juste mon opinion qui compte! Et c'est probablement pour ça que j'ai pu rester aussi longtemps ici, allègue-t-il. J'espère que le nouveau directeur ou la nouvelle directrice aura cette capacité de dire oui, je dois prendre des décisions, mais je dois aussi écouter les artistes et le public.»