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La leçon de courage de Pierre-Hugues Boisvenu

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 7 mai 2008 à 8:26
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La leçon de courage de Pierre-Hugues Boisvenu
Pierre-Hugues Boisvenu, sa femme Diane et leur fils Christian, sont devenus depuis 2002 l'exemple que tout être humain peut survivre aux pires souffrances.
Avant que la disparition tragique de la petite Cédrika vienne secouer le Québec l'été passé, la famille Boisvenu de Sherbrooke avait fait pleurer toute la province en l'espace de quelques années quand Julie et Isabelle, 27 ans, sont mortes respectivement assassinée à Sherbrooke et d'un accident de la route dans le parc de la Vérendrye.

Près de cinq ans après le meurtre sordide de Julie le 23 juin 2002, et deux ans après le décès accidentel d'Isabelle le 22 décembre 2005, Pierre-Hugues Boisvenu a fait énormément de chemin. Personnellement et socialement (voir autre texte). Ce compte-rendu exceptionnel, il l'a d'ailleurs gravé à jamais dans le livre: Survivre à l'innommable – et reprendre le pouvoir sur sa vie.

«La première raison est pour rendre hommage à mes filles. Après avoir perdu deux filles de même, j'avais envie d'en parler. Également, pour que les gens viennent nous rencontrer dans ce livre-là. Qu'ils puissent, d'une manière un peu plus intimiste, nous lire et qu'ils puissent voir comment moi, Diane et Christian qui restent, on a passé à travers ce drame-là de façon très personnelle…parce qu'on n'en a pas beaucoup parlé depuis cinq ans. Donc, c'est comme si les gens entraient dans notre cuisine, dans notre salon, et venaient voir comment la famille s'est remise de tout ça, comment elle a réussi à rebâtir ses rêves, rebâtir sa réalité de famille avec un enfant unique avec Christian…», explique l'homme originaire de Notre-Dame-de-la-Salette et Buckingham (son grand-père Alphonse a été le président-fondateur de la Caisse populaire de la Salette!).

«Le livre, je l'ai écrit vraiment pour faire un témoignage pour tous les gens qui vivent un drame dans leur vie pour dire 'Oui, ça peut vous atterrer, ça peut vous tuer, mais oui, vous pouvez vous en sortir grandi'. Je n'ai pas écrit ça pour que les gens fassent une lecture morbide ou en ressortent défaits, je l'ai écrit pour que les gens disent 'Oui, par rapport à un événement malheureux, on peut prendre de la hauteur, on peut reprendre de la sérénité, on peut remettre nos paramètres dans la vie'... Et parce que nos enfants, dans notre cas nos filles, sont encore très vivantes en moi.»

Ce livre sera un passeport pour le ciel pour M. Boisvenu. Et non, ce n'est pas une poésie lancée en l'air, le papa de Julie et Isabelle entend bien obtenir son laissez-passer pour le paradis avec ce livre. «Je sais qu'un jour, quand je partirai, je vais retrouver mes filles. Elles sont trop intimes, elles font trop partie de ma vie pour ne pas que je les revoie un jour.»

«Et la seule question dont j'avais la crainte de ne pas avoir de réponse de la part de Julie c'est: 'Papa, qu'est-ce t'as fait avec ma mort, avec mon assassinat? T'avais pas le droit de te laisser aller, t'avais pas le droit de mourir avec moi; t'avais toute la compétence et le potentiel de changer des choses, pour que ma mort prenne un sens'. Alors moi, je vais arriver de l'autre côté avec mon livre et je vais dire à Julie: 'Regarde, ça c'est mon passeport pour entrer ici. T'es-tu fière de ton père…?' Et je suis convaincu qu'elle va dire 'Oui, je suis fière de toi papa'.»
Une vie bouleversée mais utile pour les autres
Pierre-Hugues Boisvenu et sa famille auraient pu se laisser mourir et s'avouer vaincus devant le destin, mais ils ont canalisé cette énergie négative pour aider les familles qui traversent un drame semblable. Comment? En demandant aux autorités que le système soit revu.
Quand le destin a frappé la famille, tous les saints du ciel ont été les cibles des Boisvenu. Après quelques mois cependant, l'ancien haut fonctionnaire du gouvernement québécois n'a pas l'intention de s'apitoyer sur son sort. Il fonde l'Association des familles de personnes assassinées et disparues (AFPAD) pour épauler les personnes endeuillées.

«Les familles qui ne connaissent rien, qui sont abandonnées, qui se demandent comment ils pourront passer à-travers, on essaie de leur faire comprendre la réalité des choses par rapport à leurs attentes. Car on ne change pas les choses tout seul, il fallait créer une association, une masse critique. Les gens pensent qu'ils sont seuls, qu'il n'y a pas un drame plus grave que le leur; là, il y a un langage partagé, on se donne un pouvoir», nuance M. Boisvenu, qui est confiant qu'une relève germera au sein de l'Association.

Oui, le fondateur aimerait que l'AFPAD grandisse tout seul et continue d'agir en leader avec les familles désespérées. Cela lui donnera le temps de se consacrer à sa nouvelle passion, sa 'transition', qui l'outille pour devenir un meilleur 'témoin de la vie'. «Mon plus grand plaisir est d'aller rencontrer les jeunes dans les polyvalentes, d'aller leur parler de la relation homme-femme, de violence latente. Car si la fille accepte ça à 15 ans, elle sera une femme battue de demain! Un jeune qui est violent à l'école risque de l'être plus tard. Je veux donc donner le meilleur de moi aux autres pour recevoir le meilleur.»
Un système pourri
L'existence de M. Boisvenu repose dorénavant sur cette logique: donner le meilleur pour retirer le meilleur. C'est sans doute pour cela qu'il n'a pas juste pensé à étrangler le prédateur sexuel qui lui a volé sa Julie, Hugo Bernier, car il savait pertinemment que Bernier n'était pas le seul coupable et qu'une simple vengeance ne réglerait rien. Il s'est plutôt attaqué au système, au gouvernement, qui devrait se charger de réhabiliter les criminels après qu'ils aient compris leur leçon au lieu de les enfermer dans des cages dorées durant 25 ans.
«Il y a tellement de comportements qu'on laisse aller dans la société! Il faut arrêter de penser qu'un gars chaud, on va attendre qu'il batte sa femme avant d'agir. Il y a 90% de ces gars-là avec qui on peut faire quelque chose. Je me demande pourquoi on n'a pas une culture de prévention plutôt qu'une culture de réaction. Je crois beaucoup plus dans l'éducation et la sensibilisation.»

Malheureusement, M. Boisvenu s'est rendu compte que le système, tel qu'il est construit, encourage davantage les récidivistes. «On a un système social de réclusion, c'est la culture de la facilité, du laisser-aller, une culture centriste. Mais le criminel doit assumer ses responsabilités et se réhabiliter. Car présentement, on est dans une prison de 'logues' (psy-crimino), alors qu'on devrait avoir plus d'éducateurs. Il ne faut pas essayer de comprendre le criminel, pourquoi il l'a fait; il faut arrêter d'investir sur les 'logues', mais bien sur le criminel.»

Depuis que l'Association existe, les gains ont été nombreux, notamment au niveau des indemnisations aux familles et du droit de s'absenter de son emploi durant deux ans quand un de nos proches a été victime d'un acte criminel (Loi 58). Grâce à ces deux triomphes, le deuil est plus facile à faire…

«Mais notre plus grande satisfaction sont les 400 familles membres de l'Association. Notre plus belle victoire est qu'on a réussi à sortir quelqu'un du trou, car bien des familles où l'événement s'était passé il y a 5 ou 10 ans, n'en avaient jamais parlé! Maintenant, ces gens sont dignes de parler de la mort de leur enfant alors qu'on leur avait dit de se taire. Nous, on a décidé de prendre la parole.» À sa plus grande joie, le gouvernement, la population et les médias se sont joints à la locomotive!

C'est pour toutes ces raisons que la mort de Julie aura été des plus utiles pour le Québec en entier. Alors que le départ d'Isabelle a été un vol qualifié, que Pierre-Hugues Boisvenu n'arrivera sans doute jamais à s'expliquer…

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