Heureusement à mon âge, la vie ne fait que commencer
Depuis 12 ans, l’Atelier d’Éducation Populaire répond aux demandes d’éducation populaire des résidents de la MRC Papineau. Une équipe de formatrices reçoit les participantes et les participants et leur assure la formation de base gratuite et personnalisée. Nous présentons le récit de formation d’un garçon de 20 ans qui tient à conserver son identité. Nous le félicitons publiquement et nous invitons les jeunes et moins jeunes à faire comme lui :
«Je ne suis jamais entré dans une école, je me suis donc retrouvé à 16 ans, sans scolarité, donc sans avenir. Je ne me sentais pas comme les autres jeunes de mon âge, mon cousin par exemple qui allait à l’école. Je n’existais pas. Je n’avais même pas ma carte d’assurance sociale. À 17 ans, ma tante, à qui j’avais demandé de l’aide, m’a fait une proposition : «je t’aide à t’en sortir et toi, tu t’inscris à un programme scolaire et tu demandes de l’aide pour une thérapie au CLSC». Ce que j’ai fait. Aujourd’hui après trois ans, je termine mon cours primaire à l’Atelier d’Éducation Populaire. Maintenant, je sais que j’existe. J’ai ma carte d’assurance sociale, j’ai ouvert un compte d’épargne à la Caisse populaire et j’ai une carte de débit. Je fais des dépôts, des retraits, j’ai appris à faire des chèques, ce qui me procure une certaine autonomie et une grande fierté. Je peux travailler durant les vacances. J’ai suivi un cours de conduite automobile et j’aurai mon permis en juin prochain. On peut dire que depuis trois ans, je suis venu au monde et j’ai le goût de vivre.
Mon apprentissage du français parlé et écrit m’a aidé à acquérir du vocabulaire et à mieux communiquer avec les miens. La pratique des conjugaisons contribue à mieux m’exprimer, mais c’est difficile. J’ai appris à respecter la langue française, car c’est elle qui m’identifie comme Québécois. J’étais plutôt timide, mais maintenant, je peux m’affirmer et donner mon avis, car on me le demande. En compagnie de ma formatrice je me sens respecté et j’ai la conviction que je suis intelligent. Je me sens important. Toutes les matières enseignées m’intéressent. Je suis fort en mathématiques. J’ai appris mes tables de multiplication sans l’aide de la calculatrice. Apparemment, c’est bien difficile pour d’autres personnes, tandis que moi j’y arrive fort bien. L’aboutissement de ma démarche, c’est la formation aux adultes et la chance d’apprendre un métier.
Ce qui importe le plus, c’est devenir autonome et gagner ma vie en faisant un travail que j’aime. Si je peux rendre à ma grand-mère un peu de ce qu’elle a fait pour moi, je serai enfin heureux. Ce sera ma fierté. Maintenant que j’ai l’expérience, j’ai le goût de dire aux autres personnes jeunes ou moins jeunes de se décider. Je sais qu’on peut hésiter, car on est gêné de se scolariser lorsqu’on a passé l’âge normal. Heureusement qu’il y a des organismes comme l’A.É.P et des formatrices accueillantes, compréhensives et patientes qui ont la passion de transmettre et d’aider. Le message que je veux passer dans mon récit de formation, c’est qu’il n’est jamais trop tard et qu’on n’est jamais trop vieux pour apprendre. Je veux dire aux jeunes de ne pas faire leur scolarité pour les autres, mais pour eux-mêmes. La première personne à aider c’est soi-même et au bout, il y a la fierté. Il faut faire des efforts et ne jamais se décourager, j’en sais quelque chose.
Ma formation a été un véritable défi, mais ce n’est pas tout. Il me reste à réaliser mon rêve de faire de la course automobile. Je sais que j’y arriverai.
Ce que j’ai appris, personne ne peut me l’enlever et je sais que je ne m’ennuierai jamais. Comme je suis perfectionniste, je vise l’excellence dans tout ce que je fais et dans mes relations avec les autres. En raison de mon travail constant, j’ai développé une grande capacité de concentration et de mémoire. De plus, je suis très habile à l’ordinateur. Je peux tout aussi bien écrire au traitement de textes que faire de la recherche sur Internet. J’ai la chance de ne pas avoir de troubles d’apprentissage, ce qui m’a permis de faire tout mon cours primaire en trois ans. Le fait d’étudier m’a aidé à me connaître et à corriger certains traits de caractère que je n’aimais pas chez moi, de développer la maîtrise de soi et la tolérance envers moi et les autres. Lire, écrire et compter ouvrent la fenêtre sur ce qui se passe dans le monde. J’ai à cœur de devenir un bon citoyen, de me faire une opinion et former mon jugement sur les valeurs véhiculées, sur les événements et les sujets de l’heure.
Enfin, savoir lire, écrire et compter apporte une satisfaction indescriptible. Ceux et celles qui décrochent ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont de pouvoir s’instruire.»
Atelier d’Éducation Populaire