C'est drôle, je préfère une voiture qui roule encore…
«Ça existe encore en 2008 se frapper en char ben saoul?»
J'entends couramment ce genre de question. Très souvent même. Des questions soulevées à l'heure de la pause par des gens qui n'en peuvent plus de voir des fumeurs invétérés se noircir les poumons ou des conducteurs ivres se tuer et en assassiner d'autres.
On dit qu'il faut évoluer dans la vie, que les choses changent. La mode évolue, les mentalités changent. Pas la boisson au volant, pas la cigarette, car elles, sont irréductibles. On dirait qu'elles ont été oubliées par le bon sens sur la ligne du temps. Comme les araignées qui nous font hurler de peur le soir, elles semblent faites pour rester. Dommage, car j'aurais bien écrasé d'un bon twist de la semelle cette habitude stupide de chauffer avec le cerveau en bouillie.
La dernière victime de cette plaie est une jeune femme de 30 ans originaire du Mexique. Elle est revolée dans le décor d'aplomb mardi soir, la pauvre. Et le pire, c'est qu'elle n'y était pour rien: elle ne portait pas sa ceinture de sécurité, roulait à 121 km/h dans une zone de 50 et son taux d'alcoolémie était de trois fois la limite permise…
Autant dire qu'elle était soit tannée de vivre ou simplement dans un trip hallucinatoire si intense que sa conscience a quitté momentanément la Terre pour aller toucher les étoiles comme Marie-Hélène Thibert dans sa reprise d'un classique. Ah, vous ne saviez pas que l'originale était de Jacques Brel? Merde, vous aussi vous hallucinez.
Bref, je n'aurais pas aimé être le policier qui est arrivé sur les lieux de l'accident (oui un accident, un incident étant un événement qui arrive sans que l'on soit responsable). Encore moins le médecin légiste qui a pratiqué l'autopsie. Je n'aurais pas aimé me dire tout bas dans ma tête: «C'est de valeur, elle a couru après.» Je me serais senti coupable de ne pas la laisser en paix, mais il faut se rendre à l'évidence: les chauffards qui risquent leur vie pour ne pas se payer un taxi ou se quêter un lift jouent bien mal leurs cartes.
Moi aussi je suis tanné de ces tragédies. Je ne dis pas si la voiture est happée par un chevreuil alors que le conducteur respecte les limites de vitesse, porte sa ceinture bien haute et est bien éveillé, mais là… Elle était dans le coma, a défié l'autorité et aurait pu percuter quelqu'un. Encore heureux qu'elle ne l'ait pas fait…
La cigarette maintenant
Je n'ai pas fini. Vous avez remarqué les ressemblances entre un chauffard ivre et un fumeur? Avant que la loi antitabac ne soit adoptée, c'était l'enfer. On avait l'impression d'agoniser à petit feu à cause de la fumée secondaire, comme un bambin qui vient de se faire rentrer dedans par un épais saoul dans son char à bœuf.
J'en connais qui ont attrapé le cancer du poumon juste en étant entouré de fumeurs. Faut le faire. Mais n'allez pas dire ça à un fumeur, il vous maudira pour l'éternité, car c'est connu, l'orgueil du fumeur est un des pires qui soit, après celui du mâle qui gagne moins que sa conjointe et celui de la conjointe qui a tort et qui le sait.
Ça, mes amis, est une des pires absurdités de notre temps. C'est le symbole parfait de l'indifférence.
Et les fumeurs qui liront cette chronique ne devraient pas comparer leur dépendance à celle de ceux qui prennent un verre à l'occasion, car c'est prouvé (devinez par qui) que la boisson n'incommode pas directement la personne qui se trouve à côté. Ouf, c'est de la vérité ça, c'est incroyable.
Alors au nom de cette énième victime sur la route et au nom des prochains qui mourront d'un emphysème sévère, bonne saison du soccer sur des terrains boiteux.