Le slam: la poésie de l'oralité
Prochaine soirée de SlamOutaouais le 30 mai prochain
C'est en 1986 qu'un récital de poésie à Chicago a dérivé vers une joute, jetant les prémices à ce qui allait devenir le slam, cette poésie de l'oralité où le texte et la performance s'unissent devant un parterre composé de gens de toutes les couches de la société. Le mouvement de fond a conquis les États-Unis, l'Europe, le Canada anglais pour finalement aboutir au Québec et à Gatineau cette année avec la formation de SlamOutaouais.
Contrairement au récital de poésie qui revêt un côté plus élitiste, le slam se veut une joute ouverte sur le monde et facile d'accès. Car bien que les slammeurs se préparent méticuleusement avant une soirée de slam en peaufinant leur texte et leur prestation misant sur le rythme entre autres, reste qu'il y a une portion spectacle et surtout près des gens du public alors que certains d'entre eux sont choisis au hasard pour former le jury qui déterminera les grands gagnants de l'événement.
«Une soirée de slam se déroule sous forme de joute, explique l'initiateur du mouvement en Outaouais, le poète Pierre Cadieu. Les slammeurs ne jouent pas l'un contre l'autre, mais chacun fait un plongeur en soumettant sa poésie, ses créations au verdict du public. Dans la salle, on choisit aléatoirement cinq personnes qui formeront le jury. Et les personnes qui ne connaissent strictement rien au slam sont souvent les meilleures personnes. C'est un genre de vox populi. Ces juges devront juger deux choses, soit la qualité du texte et la performance.»
Les slammeurs ont également un temps limite de trois minutes pour démontrer leur savoir-faire. Ce qui représente un seuil d'attention habituel pour le public. «Ils ont un léger sursis de 10 secondes, par la suite, chaque tranche de 10 secondes additionnelles entraîne la perte d'un point, jusqu'à un maximum de cinq minutes où ils se retrouvent avec zéro. Pour certains, qui font ça surtout pour le plaisir, ils se rendent au bout de leur tirade et prennent en riant le fait qu'ils n'aient pas accumulé de point», mentionne M. Cadieu.
Alors que la soirée commence avec une période de scène ouverte permettant à tous et chacun de tenter sa chance, elle se poursuit dans un premier temps avec de six à douze slammeurs qui viennent présenter le fruit de leur labeur. «Par la suite, on passe en deuxième manche avec cinq finalistes où seront sélectionnés les trois gagnants de la soirée», mentionne Pierre Cadieu. Une saison de slam comprend six à 12 joutes, en plus des demi-finales et finales régionales. Ces finales permettront la sélection de quatre slammeurs qui iront représenter la région à la grande finale de la LIgue québécoise de slam (LIQS) à Montréal.
De plus, les slammeurs n'ont droit à aucun accessoire, ni musique, contrairement à ce qu'on serait porté à croire lorsqu'on découvre le slam avec le premier disque de Grand Corps Malade. «C'était pour les besoins du disque. Chez Grand Corps Malade, ce qu'il y a d'exceptionnel, c'est sa voix. Il a une voix profonde, caverneuse, et de bons textes qui permettent de s'initier au slam», affirme M. Cadieu alors que pour lui, c'est Abd al Malik, le maître incontesté du slam.
Si le slam permet à des artistes de plusieurs domaines comme le théâtre, le rap, la chanson et la poésie de s'amuser avec les mots, de se perfectionner tant sur le plan des textes que de la présentation de leurs créations, il offre aussi au public une soirée hors de l'ordinaire. «C'est très familial, sur la scène comme dans la salle, on retrouve autant des familles avec les bébés que des ados avec leurs casquettes que des gens plus âgés. Et la salle est très attentive et a hâte de savoir qui passera à la deuxième manche et qui remportera le soirée», soutient la chrono mestre, Christiane Jolin.
Pour Pierre Cadieu, qui a connu les moments forts de la poésie au Québec dans les années 70, il voit dans le slam et sa progression, une certaine similitude. D'abord les thèmes qui sont souvent axés sur la revendication, parfois plus fleur bleue. «Puis, enfin la poésie se livre pour le grand public. Des poètes comme Gérald Godin et Pierre Gaudreault slammaient déjà à l'époque sans le savoir, puisqu'ils jouaient beaucoup avec le sonorité et le rythme des mots.»
Comme l'a fait la Ligue nationale d'improvisation pour le théâtre en le démocratisant, le slam agit de la même façon sur la poésie. À preuve, la première soirée de SlamOutaouais qui a eu lieu au café Le Troquet a attiré 150 personnes. «Le slam, c'est une célébration de la parole vivante. C'est bien beau la poésie, mais personne n'a envie de faire un récital devant une salle de trois ou quatre personnes, même si c'est officiel et que c'est payé. La poésie, c'est fait pour être partagé, pour sortir des livres, pour aller vers le grand public. Le slam permet tout ça», estime fièrement Pierre Cadieu.
3e soirée de SlamOutaouais, le vendredi 30 mai à 19h30, à la Maison des Auteurs (164, rue Laurier, secteur Hull, près du Parc Jacques-Cartier). Entrée libre, période de micro libre avec inscription dès 19h le soir même de l'événement. Renseignements :
www.aaao.ca