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L'art d'offrir un cadeau avant d'en recevoir un!

Les poumons de Rodrigue Beauchamp fonctionnent à 20%... et son cœur à 100%!

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 31 mai 2008 à 16:59
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L'art d'offrir un cadeau avant d'en recevoir un!
Rodrigue Beauchamp trouve le moyen de donner et de sourire malgré qu'il souffre d'une maladie pulmonaire obstructive chronique. (Photo: Patrick Voyer)
L'art d'offrir un cadeau avant d'en recevoir un!
Les poumons de Rodrigue Beauchamp fonctionnent à 20%... et son cœur à 100%!
Même s'il est en attente d'une greffe du poumon et qu'il pourrait s'abandonner à la peur et au découragement, Rodrigue Beauchamp a décidé de «faire sa part» en amassant 2650$ pour la Fondation Lina Cyr de la Maison des greffés du Québec, endroit où il séjournera en juillet pour se préparer à sa greffe.
Retraité par nécessité depuis un an du département des Affaires étrangères, M. Beauchamp est un homme inspirant. Il souffre depuis 15 ans d'une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) liée essentiellement d'après lui à l'hérédité et la fumée secondaire, mais garde une bonne attitude et tente par tous les moyens de contrôler son anxiété. Le fait que son neveu Sylvain demeure avec lui est d'ailleurs un réconfort immense.

Aidé de sa sœur Marie-Andrée, qui a quitté son emploi pour l'accompagner dans ses démarches (une personne en attente d'une greffe ou qui a en vécu une ne peut vivre cela tout seul), M. Beauchamp a récolté grâce à ses proches 2650$ pour la Fondation Lina Cyr, la fondatrice de la Maison des greffés du Québec, seul établissement du genre de la province. «Mme Cyr, elle-même une greffée (foie), a réalisé qu'une fois que tu es greffé, y'avait plus rien; tu retournais chez vous ou tu allais à l'hôtel. Ça entraînait des coûts exorbitants, mais là, à la Maison, ça coûte 25$ par jour et ça comprend les trois repas!», explique-t-il.

La Maison des greffés est située dans la métropole et a ouvert ses portes en 1994. Elle offre un service d'hébergement de longue ou de courte durée aux futurs greffés ou aux greffés, dans une ambiance relaxante. C'est dans cet Éden que M. Beauchamp se rendra cet été, lui qui est présentement 8e sur la liste d'attente pour obtenir des poumons en santé. Nul ne sait quand les précieux organes seront disponibles, compte tenu que le Gatinois aura besoin de poumons d'un homme de minimum 6 pieds et 200 livres, et qui est bien sûr du même groupe sanguin!

En attendant, il essaie de garder son menton bien haut et songe que si l'opération fonctionne bien, il pourra voir ses enfants Mélanie et Éric, dont il est extrêmement fier, avancer dans la vie. Et qui sait, peut-être rencontrer ses futurs petits-enfants! «Il paraît que ce sont les trois premiers mois qui sont les plus difficiles, mais il n'y a pas un patient de pareil! Ça me fait peur à quelque part, c'est normal, car même si on lit des choses et qu'on nous donne de l'information, c'est quand une 'grande inconnue'. Et on dit que la moyenne de vie des greffés est de cinq ans.» Le grand danger est surtout du côté des médicaments contre le rejet, qui ont une dizaine d'effets secondaires qui peuvent être fatals quand ils s'additionnent...
Cinq ans serait une éternité
Rodrigue Beauchamp avoue que le risque en vaut la chandelle, car sa qualité de vie s'est radicalement dégradée depuis que son MPOC a pris le dessus. «Depuis quelques années, j'engage quelqu'un pour faire l'entretien du terrain. Moi, j'entretiens encore mes plates bandes; au lieu de me prendre deux jours, ça me prend trois semaines! L'humidité me tue, je ne suis plus capable de conduire parce que je suis trop stressé, je suis rendu intolérant à des parfums, aux animaux, la poussière ç'a toujours été, la pollution, le froid, la fumée secondaire, le vent… C'est pour ça que je demeure chez moi, dans ma bulle, mais les médecins disent de ne pas s'isoler.»
Le problème est que M. Beauchamp se fatigue vite et n'ose pas quémander à sa famille et ses amis, même s'il sait pertinemment qu'il a des gens extraordinaires autour de lui. Dans le fond, une greffe tomberait à point nommé pour qu'il ait la chance de remettre sa vie sur les rails.

Car ce n'est pas un odieux pécheur ou un fumeur invétéré que nous avons rencontré. «Si ce n'était pas de mes poumons, je serais en pleine santé! […] J'ai seulement fumé quand j'avais 18 ans, mais j'ai toujours été en présence de fumeurs. Et aujourd'hui, c'est prouvé que la fumée secondaire est encore plus nocive! Je ne comprends pas que les gens fument encore en 2008. Et même si on leur dit qu'ils peuvent mourir s'ils n'arrêtent pas, ça ne change rien.»

Un exemple? Une de ses amies a attrapé il y a quelques années un cancer du poumon parce qu'elle fumait trop. M. Beauchamp a sauté de joie quand elle a réussi à vaincre la maladie… mais a déchanté quand il a su qu'elle avait recommencé à fumer!

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