Le président de la Coopérative de développement économique communautaire de Gatineau (CDEC), Michel Choquette. (Photo: Patrick Voyer)
«Le cabinet de Marc Bureau n'en a rien à foutre de nous!» - Michel Choquette
Le président de la Coopérative de développement économique communautaire de Gatineau (CDEC), Michel Choquette, a réagi rapidement à l'annonce de la disparition possible et imminente de la CDEC et a précisé que la Corporation était "loin d'être morte" tant que l'édifice de 600 000$ dont elle est propriétaire sur la rue Notre-Dame sera debout.
M. Choquette aimerait bien rencontrer enfin le maire Marc Bureau, qui refuse obstinément de discuter avec lui. «La Ville a pris cette décision en non-respect complet de l'entente qui nous liait à eux et n'a fait aucune tentative pour voir si c'était vrai ce qu'il y avait dans le rapport de Martin Joanisse. C'est une décision arbitraire, cavalière, une décision politique pour envoyer l'argent au CLD. Aussi, la Ville a maintenant plus de contrôle dans tous les projets et le CLD a plus de pouvoir.» L'"argent" était en fait une enveloppe de 168 000$ annuelle qui provenait de la Ville.
M. Choquette ne sait pas encore si la CDEC va intenter des poursuites judiciaires, mais cela demeure plausible si la Ville ne veut pas le recevoir. Et il a tenu à spécifier que les gens de la CDEC allaient se battre comme ils l'ont toujours fait, malgré le désir acharné de la Ville et du CLD de les voir disparaître depuis deux ans.
Une volonté de combattre qui a pu être observée mardi soir, lors d'une assemblée générale extraordinaire pour mettre les membres au courant de la situation. «Les gens ont dit que c'était incroyable que la Ville fasse disparaître la CDEC avec rien pour la remplacer. Y'a des gens comme moi qui ont des racines dans le quartier (Lac-Beauchamp) et qui ne permettront pas que la CDEC et sa mission disparaisse des milieux défavorisés.»
Une dynamique particulière
Selon Michel Choquette, le CLD ne pourra intervenir dans les milieux appauvris comme la CDEC et contribuera peut-être à creuser le fossé entre les riches et les pauvres. «Oui, à moins que le CLD change sa façon de faire et s'approche de la CDEC. Car il y a deux façons de financer le développement: avec le social et l'économique. Pour bien le faire, il faut créer un climat social, alors que le CLD s'occupe de ce qui est exclusivement économique et ne donne pas d'appui!»
Le président estime que si la CDEC n'avait pas été là pour l'épauler, l'Association des gens d'affaires et professionnels n'aurait jamais vu le jour. «La preuve, c'est que c'est une agente de développement de la CDEC qui a été nommée directrice générale intérimaire en remplacement d'Hélène Desgranges», tranche M. Choquette.
Lorsque rejoint mardi, le conseiller du District du Lac-Beauchamp, Aurèle Desjardins, a abondé un peu dans le même sens que Michel Choquette, en rappelant toutefois que le rapport de Martin Joanisse était trop "litigieux" pour que la CDEC survive. «Le CLD a un mandat plus large et entre l'économie sociale et l'économie "pure", il y a une marge! Faut être impliqué dans le milieu social pour faire du développement social. Alors, il sera important d'avoir une rencontre avec les services administratifs et les gens concernés pour trouver une solution. Peut-être recréer une CDEC ou un organisme qui viendra faire du développement social…», a-t-il déclaré.
Selon M. Choquette, la centralisation des services au 25, rue Laurier, intimidera les moins fortunés et en découragera plusieurs à aller demander de l'aide. Surtout que, d'après lui, on doit "entrer dans le moule" et prouver que notre projet est bien parti si on veut obtenir de l'accompagnement. «L'entreprise Éco-Turpinet appartient à une mère monoparentale qui est allée au CLD. Ils leur ont demandé si elle avait des contrats, de l'argent. Elle a dit non, alors ils leur ont dit "Bye"! Ici, on l'a accompagnée et son entreprise marche aujourd'hui!»
«La Ville ne semble pas comprendre la dynamique des quartiers plus défavorisés. Ce sont des quartiers où c'est facile d'abandonner les gens, mais moi, je n'ai pas envie de laisser ça aller tant et aussi longtemps que l'édifice sera là», conclut-il.»
Pas une journée noire
Le directeur général du CLD-Développement économique Gatineau, Michel Plouffe, soutient que même si quatre emplois sont perdus à la CDEC, la journée de mercredi n'en était pas une noire pour les clients de la CDEC. Ces derniers ont été contactés par le CLD, qui a mis les ressources nécessaires pour répondre aux besoins, comme c'est le cas depuis 1998, avant même que la CDEC ne soit créée. «En matière d'économie sociale, le CLD se charge de l'ensemble des dossiers, ça va nous faire plaisir. On veut d'ailleurs développer de plus en plus de projets», assure M. Plouffe.
Le dg n'a pas voulu commenter les allégations de Michel Choquette concernant le caractère soi-disant "élitiste" du CLD, vu que le dossier est présentement judiciarisé. Il a seulement lancé que la Loi a dévolu aux CLD la responsabilité de développer l'ensemble du territoire, incluant les milieux les plus défavorisés. «Pour nous, c'est "business as usual", les clients sont desservis selon leurs besoins, nous avons repris les clients de la CDEC et le comité chargé d'économie sociale fait ses recommandations au comité exécutif», note Michel Plouffe.