Héritage politique
Après neuf années de politique municipale à Gatineau, Louise Poirier tire sa révérence. Elle laisse un héritage politique important, mais son départ affaiblit Gatineau.
L’héritage que nous laisse madame Poirier est considérable. La politique culturelle adoptée sous sa gouverne a permis au monde culturel de la région de se consolider et de continuer à croître de façon extraordinaire. Elle a aussi été associée à de grands enjeux dans le secteur des transports, un domaine crucial à la fois pour notre qualité de vie, notre développement économique et notre environnement. Ses talents de communicatrice et sa capacité de s’exprimer sur des enjeux autres que locaux, ainsi que sa connaissance des villes et des défis auxquelles elles sont confrontées lui ont aussi permis de projeter une image moderne, efficace et compétente de Gatineau. Nous devons lui dire merci pour sa contribution importante à l’amélioration de notre vie collective.
Une perte pour Gatineau
On qualifie parfois Louise Poirier, et quelques autres, de «fidèles de Yves Ducharme». Elle incarnait beaucoup plus que ça. Dans le monde municipal du Québec, deux camps, ou plutôt deux philosophies de l’action municipale, s’affrontent. D’un côté, il y a ceux qui croient que les villes sont avant tout des institutions qui donnent des services à des clients. Pour eux, une ville doit s’en tenir à offrir des services de base (voirie, déneigement, gestion des déchets) et gardant les taxes municipales à un niveau le plus bas possible. C’est le rôle traditionnel des villes. Pour l’autre camp, dont Louise Poirier fait partie, le rôle des villes dépasse largement celui de prestataire de services. D’abord, l’importance économique des villes est plus grande que jamais. La concurrence, jadis portée par les états-nations, a maintenant lieu entre les villes. D’autre part, plus de la moitié des humains habite en ville. En conséquence, c’est au niveau des villes qu’ont lieu les batailles sur les grands enjeux des sociétés d’aujourd'hui: pauvreté, criminalité, itinérance, stratégies économiques ou encore diffusion de la culture et du savoir. Les tenants de cette philosophie croient que sans l’action des villes, c’est tout notre développement économique et toute la lutte pour la justice sociale qui seront irrémédiablement handicapés. Finalement, pour eux, les habitants d’une ville ne sont pas des clients, mais des citoyens: la ville devient donc un lieu privilégié où se définissent les rêves collectifs et où ils doivent pouvoir s’exprimer dans la vie politique.
Selon cette perspective, la quatrième grande ville du Québec a des responsabilités nouvelles qu’elle doit assumer. C’est pourquoi des gens comme Louise Poirier, et Yves Ducharme avant elle, se sont battus, entre autres à la Fédération canadienne des municipalités, pour que les gouvernements supérieurs donnent aux villes les moyens de leurs nouvelles responsabilités.
Grâce à ces actions, Gatineau s’inscrivait avec force dans le courant progressiste de l’évolution des villes.
En ce sens, ce qu’il y a de plus inquiétant dans le départ de Louise Poirier, c’est moins le départ d’une personne très compétente que celui d’une des meilleures défenseurs de cette vision du rôle des villes d’aujourd’hui : des institutions qui se trouvent au cœur de tous les aspects de notre vie, pas seulement des prestataires de services. Elle nous manquera.