Un carrousel de bons coups dans Un été sans point ni coup sûr
Après avoir offert un drame psychologique réussi avec Mémoires affectives, le tandem formé du réalisateur Francis Leclerc et de la productrice Barbara Shrier revient à la charge avec un petit film léger traitant de relations familiales durant la Révolution tranquille et de cette si belle et si courte jeunesse.
Écrit par le Gatinois Marc Robitaille, le scénario d'Un été sans point ni coup sûr a aussi comme trame de fond l'arrivée des Expos de Montréal dans la métropole en 1969. Inutile de dire que, à l'instar de son livre Histoires d'hiver, le personnage principal, Martin, carbure au sport! Dans le premier ouvrage, Martin n'avait d'yeux que pour Henri Richard et les Canadiens, alors qu'ici, le jeune homme de 12 ans imagine que Mack Jones, des Expos, vient le rencontrer dans sa chambre!
En "fan finie" de baseball et en grande sensible qu'elle est, Barbara Shrier est heureuse que le film réussisse à jongler avec les deux thèmes principaux du baseball et des relations humaines. Elle a lu le bouquin en 2004 et s'est dit que ce serait une bonne façon de souligner le départ de "Nos idoles". Ne faisant aucun compromis, l'équipe a donc recruté un noyau fort de comédiens et une marée de jeunes et ont tourné entre autres à Mascouche, sur le terrain où jouait l'artilleur Éric Gagné.
Bien que le baseball ait pu prendre plus de place dans l'histoire comme dans le livre, il a été décidé à l'écriture du scénario que les personnages seraient développés davantage pour que le public suive leur évolution avec plaisir. Bien évidemment, certains se reconnaîtront, que ce soit chez Martin (Pier-Luc Funk), son père quelque peu dépassé, Charles (Patrice Robitaille), ou sa mère Mireille (Jacinthe Laguë), une femme énergique qui désire sortir de la Révolution tranquille.
Même s'il n'est pas de cette génération, Francis Leclerc tenait à faire revivre de bons moments aux quinquagénaires comme aux autres tranches d'âge qui s'identifieront aux personnages. Et ça ne sent pas la boule à mites! «La signature de Francis fait que ça ne tombe pas dans la nostalgie. C'est intemporel, universel, de sorte que tout le monde y trouve son clin d'œil, assure la productrice. Il a une belle façon de raconter, il fait confiance aux auteurs et possède le langage cinématographique au bout des doigts!»
Les deux se sont rencontrés alors que Barbara Shrier venait de terminer Le Violon Rouge avec François Girard. Après lui avoir apporté son soutien pour son premier film, Une jeune fille à la fenêtre, ils ont fait Mémoires affectives en quatre ans et ont été couronnés en 2005 aux Jutra en remportant notamment les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur.
Un film sur l'orgueil et la révolution
Le baseball n'étant pas son sport favori, Francis Leclerc a pris son pied en exploitant un autre thème, qui sous-tend tous les autres dans le film: l'orgueil. Celui du fils qui veut faire le grand club de la ville, celui du père rétrograde qui devra baisser la garde devant le changement et qui envie la passion de son fils pour le baseball…
De plus, le plus beau compliment qu'a reçu Francis Leclerc à date, est celui de l'ancien commentateur radio, Jacques Doucet (qui joue d'ailleurs un petit rôle, tout comme Rodger Brulotte, Denis Boucher et le chanteur Dumas). «Il m'a dit "J'ai vu mon père quand je me "pitchais" la balle". Et ça, c'était dans les années 40, plus de 20 ans plus tôt! Mais peu importe la génération, le moindrement que tu as aimé ton père, tu vas te reconnaître. Et même pour les filles qui n'aiment pas le baseball, y'a des notions familiales.»
Le réalisateur a enfin adoré recréer ce pan de l'histoire québécoise. «C'était intéressant cette époque, avec la Révolution tranquille, l'Expo 67, Woodstock. Il y avait un vent de liberté; ce terme-là a repris vie dans cette époque-là, alors qu'aujourd'hui, on est dans une époque de "sécurisation"», ironise celui qui s'attaquera à l'épidémie de variole qui a frappé Montréal en 1880 dans son prochain long-métrage, Les Chapelets Rouges.
L'interprète de Martin, Pier-Luc Funk, partage la vision de Francis Leclerc sur le film, malgré son jeune âge! Mis au courant des événements majeurs de cette époque avant le début du tournage, il a dû faire un bond dans le temps et incarner un jeune qui aime un sport que lui n'apprécie pas vraiment dans la vie!
«Le plus dur a été d'être bon au baseball, mais on a été coachés par le président de Baseball Québec, explique le mordu d'improvisation. Le plus le fun a été de tourner avec Francis, Patrice et toute l'équipe; on n'avait pas une relation de travail, mais une relation de famille.»
Le film sort sur les écrans québécois le 1er août.