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Le labo de cyberpsychologie de l'UQO à la recherche de cobayes

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 19 septembre 2008 à 17:05
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Le labo de cyberpsychologie de l'UQO à la recherche de cobayes
Les experts en cyberpsychologie de l'Université du Québec en Outaouais recherchent des cobayes ayant de sérieux problèmes d'anxiété sociale pour tester ses outils de réalité virtuelle basés sur le traitement cognitif-comportemental.
Les personnes intéressées doivent avoir entre 18 et 55 ans et s'engager à suivre une thérapie gratuite pendant 16 semaines, donnée par une équipe spécialisée dans les troubles anxieux. Elles auront la chance d'être traitées avec des outils de haute qualité et seront immergées dans un univers virtuel qui recrée, grâce à des lunettes spéciales, des situations pour tester l'anxiété. Par exemple, le cobaye pourra se retrouver devant une foule imaginaire et devra parler devant elle. Les chercheurs pourront faire bouger l'audience ou la faire chuchoter, pour voir la réaction de l'orateur.

Ces simulations se dérouleront dans la "voûte", un cube à six faces ultra sophistiqué de 6 millions $ qui fait la fierté de l'université. Seulement neuf cubes de ce genre existent et l'UQO est la seule institution au monde à l'utiliser pour réaliser des recherches en psychologie. Des images sont projetées sur toutes les faces de la voûte avec d'immenses projecteurs pour créer n'importe quelle ambiance virtuellement.

«On recrute depuis deux semaines maintenant et on a déjà 30 personnes. On voudrait une centaine de personnes, qui n'ont pas juste peur de parler en public, mais qui ont peur d'entrer en contact avec d'autres. Des personnes pour qui ça leur nuit au quotidien, qui font face à des difficultés ou qui se retrouvent dans des situations stressantes, comme un party, une évaluation ou une présentation», explique la coordonnatrice de recherche au labo de cyberpsychologie, Geneviève Robillard.

Elle prévient toutefois ceux et celles qui auraient simplement le trac lors d'exposés oraux que le projet n'est pas pour eux. Le labo privilégie les personnes qui ont l'habitude de regarder par terre quand elles s'adressent à quelqu'un, qui ne sortent pas de chez elles, celles qui n'ont aucun ami parce qu'elles sont trop antisociales ou d'autres, qui ont quitté leur emploi parce qu'elles voulaient rentrer dans le plancher quand venait le temps de faire des comptes rendus!
S'en sortir
Comme toutes les phobies, l'anxiété sociale se guérit au fur et à mesure que la personne prend conscience du gros bon sens. «On leur montre qu'avoir l'air fou, on n'en meurt pas; personne va ramper à nos pieds en riant, la vie est trop courte pour penser que les gens rient toujours de nous», tranche Geneviève.
Elle estime plutôt que les gens anxieux devraient sortir au grand jour, sans compter sur des techniques comme l'hypnose, et garder une pensée positive. «Éviter des contacts pour valider ce que tu penses, là est le piège. Comme une personne qui a peur des araignées et qui ne dort pas pendant trois jours! Il faut faire face à nos peurs, les confronter. Dans le cerveau, on a un système d'alarme et quand il perçoit un danger, le corps est prêt à attaquer ou à se sauver. Les gens qui ont une phobie ont juste la batterie déréglée: tu penses toujours au pire, tu es toujours en alerte, tu ne vis plus! Ces gens sont en état de vigilance constante, sont extrêmement tendus, ils ruminent des pensées dans leur tête et ça n'aide pas du tout…», allègue la coordonnatrice.
Peur de voler ou incapable de voir une araignée?
L'aviophobie et l'arachnophobie sont les autres phobies qui seront surveillées de près par le labo de cyberpsychologie dans les deux prochaines années.
Geneviève Robillard nous a d'ailleurs fait essayer le simulateur de vol que détient le labo et qui recrée assez fidèlement le décollage d'un avion de ligne. Après s'être attaché au siège, le technicien pose un casque sur notre tête et nous sommes instantanément plongés dans le coucou.

Le casque est relié à un ordinateur, d'où émanent justement les images. D'un seul clic ou à l'aide d'un bouton, les chercheurs peuvent jouer avec la température à l'extérieur de l'avion, simuler des poches d'air, etc.

Geneviève Robillard juge que c'est une excellente alternative pour les gens qui s'empêchent de voyager à cause de cette phobie. Et cela évite aux aviophobiques de consommer de l'alcool ou de gober des médicaments pour chasser la nervosité…
Arachnophobie
Le même ordinateur peut servir aux tests sur l'arachnophobie. Le logiciel utilisé peut être dispendieux pour des cliniciens, mais, d'après Geneviève, cela peut être intéressant pour eux à long terme. Surtout que la technologie est plaisante et efficace. Grâce à un simple travail de programmation, les techniciens en cyberpsychologie insèrent des araignées de toutes les formes dans des jeux pour que la personne combatte sa peur.
«Au laboratoire, la beauté de notre travail est qu'on utilise des jeux vidéo, comme Max Payne, Half Life ou Unreal Tournament. On recrée des environnements virtuels à partir de ces jeux là. C'est gratuit et disponible sur notre site web, alors n'importe quel psychologue peut l'utiliser pour sa pratique.»

Geneviève trouve bien drôles les gens qui écrasent une araignée et qui disent: "Ça fait du bien, ça fait 20 ans que j'en ai pas tué!". Oui, les phobiques se sauvent quand ils aperçoivent l'insecte aux dix pattes. «Mais elles ont souvent plus peur de nous!», rappelle Geneviève.

«Ceux qui ont une phobie sévère voient des points noirs tout le temps et c'est pire dans la chambre à coucher ou la douche. Certains font fumiger leur maison une fois par année et d'autres font construire leur maison en hauteur… Mais les araignées se rendent pareil!», ironise la coordonnatrice en recherche.

Faire face à sa peur est donc plus économique et pratique! «Parfois, en huit ou dix rencontres, ça peut se régler, car ce sont des phobies spécifiques. Quand tu vois une araignée durant deux heures, tu réalises qu'elle ne te sautera pas dessus ou qu'elle ne te fera pas de mal… même si ce sera toujours dégueux.»

Des séances d'une heure sont préconisées pour les cobayes, car Geneviève affirme que le sommeil leur porte conseil. «Quand tu dors, tu continues d'assimiler de l'information, car le cerveau classe les infos à long terme. Alors, une bonne nuit de sommeil repose les idées.»
Infos: 819 595-3900, poste 2531 ou www.uqo.ca

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