D’une Afrique à l’autre
Lucie Pagé nous revient avec Notre Afrique
«En Afrique du Sud, des enfants noirs se promènent bras dessus bras dessous avec des enfants blancs, comme si l’Apartheid était une invention de leurs parents.»
Lucie Pagé a vu, au cours des 16 dernières années, l’évolution de ce pays qui est passé d’un régime raciste, autant dans les mentalités que dans les lois, à un monde où les exemples d’ouverture sont présents à tous les coins de rue.
Dans son premier livre, la journaliste nous racontait Son Afrique, celle qu’elle a découverte par ses reportages mais également par sa vie de femme mariée. Car lors de son premier séjour là-bas, Lucie Pagé a non seulement été séduite par le pays, mais également par un homme de l’endroit, alors secrétaire général de la plus grande centrale syndicale du pays. Un homme «marié à son pays» qui côtoie régulièrement les Nelson Mandela et autres acteurs clés.
Cinq ans après la parution de Mon Afrique, Lucie Pagé récidive avec NotreAfrique, l’Afrique de sa famille déchirée entre deux continents, celle de sa vie de femme mariée à un homme politique et celle du pays, qui ne cesse de changer depuis l’abolition de l’Apartheid.
Comme le premier ouvrage, Notre Afrique est empreint d’ouverture d’esprit, et l’auteur livre sans pudeur ses émotions, les difficultés de sa vie de couple, mais également les bons coups, les messages d’espoir et les changements positifs qu’elle voit se réaliser quotidiennement.
«Il faut parler des choses vraies, dénote Lucie Pagé lorsque La Revue
l’a rejointe par téléphone. On passe souvent à côté de la réalité en ne parlant pas des sentiments.» Son histoire a d’ailleurs permis aux Sud-Africains de découvrir Jay Naidoo sous un autre angle, autre que celle mise à jour par la vie syndicaliste et politique.
«La majorité des médias ne font que montrer le côté sombre de l’Afrique, alors que l’Afrique a des richesses incroyables dont nous nous privons», poursuit-elle. La culture, l’entraide, la philosophie et le charme de l’Afrique du Sud et de ses habitants ne sont que quelques exemples donnés par Mme Pagé pour illustrer ce pays, qu’elle invite d’ailleurs tous et chacun à découvrir.
De retour au Québec pour quelques semaines, Lucie Pagé en profite pour faire le plein auprès de sa famille et de son fils qui poursuit ses études à Montréal. Malgré le temps qui passe, la déchirure ressentie dans Mon Afrique est toujours aussi présente dans le second ouvrage. Une vie passée entre deux continents, à toujours se questionner sur l’autre partie du globe.
La déchirure est toujours aussi réelle, mais moins profonde :«J’ai toujours pensé qu’il y aurait une fin à cette déchirure. Je comprends maintenant qu’il n’y a pas de solution. Mais pour la première fois depuis la fin de l’écriture de Notre Afrique, je me sens en paix avec mon destin.»
Un destin qui lui a permis de marier le même homme à trois reprises, de fabriquer trois «chefs-d’œuvre» comme elle les appelle, de côtoyer Nelson Mandela, mais qui, aussi, lui a permis de voir un pays déchiré par le racisme devenir un pays arc-en-ciel où 11 langues officielles se côtoient et où les enfants, blancs et noirs, jouent désormais main dans la main.