Lorsque le génie de la musique supprime la pureté d'âme
Amadeus et Salieri s'affrontent à la salle Odyssée
Amadeus est un des plus beaux longs-métrages musicaux de tous les temps. Eh bien, paraît-il qu'avec un coup de baguette magique théâtrale, la chute d'Antonio Salieri, entraînée par le génie de Wolfgang Amadeus Mozart, est un petit bonbon encore meilleur!
La compagnie La comédie humaine a confié le rôle torturé de Salieri à l'inimitable Gilles Pelletier, une tête de théâtre extraordinaire. Les tripes cabotines et libertines d'Amadeus ont été greffées au très gazé André Robitaille alors que Macha Grenon incarne Constance, la femme désorientée du prodige. Le texte de Peter Schaffer, traduit par Pol Quentin, est sobrement mis en scène par Yvon Bilodeau. La table est donc dressée pour une des histoires les plus cruelles depuis la Renaissance.
Fin du 18e siècle. Salieri est le compositeur le plus chéri du tout Vienne. Ayant signé un pacte avec Dieu en échange d'une prolifique carrière artistique lorsqu'il était gamin, la modeste âme tombe de haut quand il voit débarquer W.A. Mozart avec sa jeune impertinence et ses doigts de fée. Dès lors, une guerre muette est ouverte dans le ciboulot de Salieri, qui maudit ce dompteur de clavecin émérite aux infâmes manières.
«C'est la destruction d'un être de génie par quelqu'un de talent, par un autre génie... qui n'en a pas!», ironise Gilles Pelletier. Amadeus met en scène deux passionnés des notes qui, de par leur âge et leur philosophie, sont la chaleur et la congélation. L'un est au faîte de sa vie plus que respectable -et entend y demeurer- alors que l'autre grimpe les échelons en téléphérique en se foutant des conventions!
Là où le bât blesse est lorsque Salieri mijote sa douce vengeance. Mais, comme tout esprit relativiste, le compositeur sera déchiré entre sa dépossession et sa solennelle promesse. «Ce qu'il y a de plus étonnant dans cette pièce, c'est qu'il garde la même foi qu'il avait à 16 ans. Il se révolte, mais jusqu'à la fin, il restera fidèle. C'est une croyance qui s'extirpe peu, jamais il ne nie Dieu! Il devient St-Antonio Salieri, patron des Médiocres!»
Le spectateur doit ressentir
La scénographie n'aidera pas le public à reconstituer les moments forts de l'architecture des débuts de l'époque moderne. «Le décor est simplifié. Les créateurs ont opté pour de petits paravents qui servent bien le texte, il y a moins de distractions. Ça demande au spectateur de l'imagination», allègue Gilles Pelletier. Il y a 32 scènes en moins de deux heures dans cette production; on se promène de la résidence de Salieri au palais de l'empereur autrichien François-Joseph II, à l'opéra... Oui, l'opéra, car la musique occupe logiquement une place d'importance!
Les tableaux se créent et se transforment en une formule parfaite, selon l'interprète du dépouillé. Ceux qui ont vu le film de Milos Forman devront donc momentanément oublier ce qu'ils ont gravé! «Au cinéma, on compte sur les images, alors qu'au théâtre, il y aussi des images, mais c'est un texte animé! Le texte d'Amadeus au théâtre est plus riche de possibilités qu'au cinéma», assure Gilles Pelletier.
Le vétéran raconte que Peter Schaeffer a scénarisé lui-même la pellicule oscarisée en 1984. «Il s'est servi davantage de l'image que du texte. Au cinéma, c'est plus facile! Mais des jeunes nous ont dit que c'est meilleur qu'au cinéma... parce qu'ils ont écouté! Une image vaut mille mots, donc ça prend mille mots pour l'expliquer, argumente sagement Gilles Pelletier. Je crois que le public qui voit une pièce est plus touché par les auteur en chair et en os.»
La subjectivité, l'ouverture vers des horizons lointains, cette valse des sentiments qui virevolte au sein des comédiens, feront entrer le public dans la danse. «Le masque de l'acteur est moins subtil qu'au cinéma, un regard est un mouvement du corps. Au théâtre, rien ne se passe exactement comme dans la vie quotidienne, elle est articulée à une plus grande hauteur...»
Amadeus est présenté les 17 et 18 novembre à 20h à la Maison de la Culture. Billets: 819 243-2525.