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Votre priorité est-elle de réussir votre vie ou votre famille?

Patrick Voyer par Patrick Voyer
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Article mis en ligne le 8 décembre 2006 à 17:08
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Votre priorité est-elle de réussir votre vie ou votre famille?
Martyne Huot suggère aux parents qui ont le nez en l'air de changer leurs verres de cristal pour des verres en plastique... et de mieux encadrer leur progéniture! (Photo:Patrick Voyer)
Votre priorité est-elle de réussir votre vie ou votre famille?
Quand la neige empêche les automobiles d'avancer, on l'enlève. Quand le sommet de l'absurdité est atteint, on passe la gratte. La fondatrice du populaire réseau Familles d'aujourd'hui, Martyne Huot, est embarquée dans son tracteur et a actionné sa boule de démolition. Des décombres s'est élevé le guide Y a-t-il un parent dans la salle?, qui souligne au crayon rouge toutes les difficultés que les parents modernes vivent... ou forgent de leurs propres mains. Un petit instant de bonheur que cette entrevue réalisée avec une mère de quatre enfants au discours neutre. Pas de féminisme, de colère dans cette voix aux accents ni blasés, ni vindicatifs. Seulement réaliste et confiante que le ravin sera bientôt rempli par des fleurs, pas juste par des vidanges jetées impunément. Ô changement de cycle, quand arriveras-tu?!
Les familles «robotisées» sont comme les gouvernements sclérosés: elles possèdent toutes les pièces du puzzle mais ne les mettent pas dans les bons trous.

Y a-t-il un parent dans la salle? a certes un titre baveux, voire provocateur. Mais son auteure Martyne Huot se défend bien de vouloir faire suer ses pairs, elle croit au concept du balancier. «Les parents ne vont pas si mal que ça, il ne faut pas trop généraliser! Les familles d'aujourd'hui sont juste 'défocusées' un peu, ça ne prendra pas grand-chose pour revenir, la marche n'est pas si haute que ça. On est allé à l'extrême, alors...», nuance-t-elle avant de sous-entendre que les virus gouvernementaux et sociaux sont plus dévastateurs.

Les roses étant lancées, voici les épines. Car à quoi bon publier un ouvrage si ce n'est pour allumer quelques lumières éteintes? Le livre contient plusieurs éléments, mais nous nous concentrerons sur trois sphères: la déresponsabilisation du parent, le drame des CPE et les coups de cœur et de masse de Martyne Huot. À table!
S'organiser pour être heureux
La recette du bonheur familial repose sur deux incontournables, selon Martyne. «Il faut d'abord s'organiser! C'est comme n'importe quoi, sans organisation, ça ne peut fonctionner. Ensuite, il faut diminuer les standards qu'on s'est volontairement imposés; personne ne nous a forcés (les workaholic se reconnaîtront). Il faut baisser la barre, qui est inatteignable selon moi, la perfection est nulle part», tranche-t-elle, en prenant exemple sur les maigreurs et les supercheries qui apparaissent sur les pages couvertures des revues.
Là vous direz que ce sont vos patrons qui vous poussent à vos démener comme des diables noyés dans l'eau bénite? Dites-vous que ces boss peuvent aussi être des parents égarés et que si ce n'est pas le cas, qu'ils ont fait le choix de ne pas se reproduire, vous pouvez leur dire que vous n'êtes pas des machines! Et s'ils vous menacent de vous remplacer par des rotors ou par quelqu'un d'autre, faites-leur comprendre que si ce n'est vous qui vous plaignez, ce sera peut-être votre remplaçant! La chaîne doit s'arrêter quelque part!

«L'important est d'aimer son enfant, de le regarder dans les yeux et de prendre ses responsabilités, rappelle Martyne Huot. Et prendre ses responsabilités, ce n'est pas juste lui donner ses dix portions de légumes par jour, lui faire faire du parascolaire ou lui faire lire des livres éducatifs!»

Même si elle n'affectionne pas les généralisations, Martyne ne peut les éviter quand elle pense aux hommes et femmes. Elle est évidemment partisane du 50/50 en ce qui à trait au modelage de l'enfant, mais soutient que le bras ne doit pas être greffé dans le bas du corps et vice-versa! Elle se prend à blaguer: « Je suis indisposée par le fait que le père essaie de jouer à la mère. Un père joue dehors et une mère a le 'mauvais rôle', soit celui d'éduquer!»

Et ce qui est crucial (attention, on prend des notes!) c'est que les activités soient réalisées avec cœur, pas à la débarrasse! «Le père peut changer des couches, mais il faut qu'il le veuille! L'enfant va ressentir cette énergie positive. C'est comme quand on aime son travail; notre productivité augmente.»

Martyne ajoute dans la même veine que si les parents coupaient le «chialage», les enfants absorberaient moins de négativisme et seraient sûrement moins désillusionnés rendus à l'adolescence! «Si on se lève et qu'on dit qu'on DOIT aller travailler, qu'on le fait pour gagner de l'argent et qu'on est fatigué (au lieu de dire à l'enfant d'aller à l'école pour se bâtir une carrière qu'il appréciera), il ressentira de la culpabilité et va s'approprier le malaise», affirme Martyne. Les jeunes font des liens et réagissent au moindre symbole, prenez garde...

Ah oui, autre chose que l'auteure déplore dans la déresponsabilisation parentale: la mode d'avouer à son jeune que vous avez sniffé de la coke ou fumé et que vous avez réussi votre vie malgré tout (ce qui, en partant, est discutable). «On n'est pas leur ami, on est leur exemple. Être 'honnête' comme ça n'est pas nécessaire dans la vie de l'enfant. Et après on s'attendra à ce que l'enfant nous considère comme l'autorité!?»
À bat les CPE!
N'en déplaise aux éducatrices (le masculin est aussi vrai, mais plus rare) passionnées par leur boulot, Martyne Huot n'a jamais compris pourquoi le gouvernement a investi autant dans les CPE et les a «imposés» aux parents.
«On n'arrête pas de nous marteler qu'il faut s'adresser à des professionnels, des spécialistes, pour régler nos problèmes familiaux! Là, je vais être méchante, mais on a essayé de nous faire croire que le gouvernement allait nous sauver, mais le système actuel est monopolistique, je dirais même dictatorial! C'est une aberration et une des grosses bêtises du gouvernement», s'insurge-t-elle.

Martyne Huot voit les CPE comme une manufacture (elle échappe aussi le mot armée...), qui produit des prototypes identiques. Elle allègue que ses enfants n'auraient pas besoin de lire, de manger les mêmes trucs que les autres, de faire leur dodo à une telle heure. «Rendu là, la Russie et Cuba commencent à me plaire!»

Ce qui l'attriste le plus avec tout ça, c'est que le trait ait été tiré sur le rôle des gardiennes de quartier et des grands-parents. «On les a automatiquement tassés en leur disant qu'ils n'avaient plus la compétence? Ils sont juste des spécialistes de la vie, hein?! Un enfant qui apprend à compter avec des nouilles (les pâtes alimentaires...) peut le faire à la maison!», énonce l'auteure.

Martyne poursuit en abordant la question de l'argent. «Là, aussitôt qu'une femme est enceinte, elle réserve sa place au CPE. Moi, j'ai quatre enfants et je paye quelqu'un pour m'aider à la maison. Je ne donne pas un sou au gouvernement, mais je contribue aux CPE avec mes impôts.» Elle trouve incroyable que des mères fortunées, qui demeurent dans son quartier, aillent reconduire leur enfant le matin, se fassent masser, mangent au resto (facture de 250$ et plus) durant le jour et reprennent leur jeune le soir en déboursant 7$. Les priorités...

Martyne Huot informe aussi ceux qui ne le savaient pas que la compétition est si forte entre les CPE qu'une garderie qui «oserait» offrir des cours de musique à 2$ de plus par jour n'aurait pas le droit!
Les bons et mauvais coups
Tout n'est pas noir, heureusement! Voici le top 3 des fleurs et des pots de Martyne Huot.
Les fleurs: Le bénévolat des parents dans les conseils scolaires ou en garderie familiale, l'abolition des taxes sur les produits courants pour les nouveaux parents et le virage aux uniformes dans de nombreuses écoles.

Les pots: Fathers for justice, dont les procédures judiciaires sont à nos frais (!!!), des animateurs comme Paul Arcand qui s'improvisent voyeur et réalisateur avec des trucs comme Les Voleurs d'enfance et qui sablent le champagne sur le tapis rouge, et elle réitère son avis sur le phénomène de la drogue: ce n'est pas parce que le parent les a toutes essayées dans les années 70 que son jeune doit en prendre en 2006 (surtout pas avec lui!). Déjà qu'elle est plus chimique qu'avant...

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