La pianiste Pierrette Froment-Savoie convie la population au concert-bénéfice, qui aura lieu ce dimanche en l'église St-Paul, alors qu'elle interprètera le Requiem de Mathieu avec ses invité(es). (Photo: Patrick Voyer)
Le Requiem de Pierrette Froment-Savoie en l'église St-Paul d'Aylmer
La pianiste explique les 17 mouvements de sa touchante œuvre
Depuis que son célèbre fils Mathieu Froment-Savoie est décédé en avril 1991, l'habile mélomane a joué son Requiem une dizaine de fois à travers le Québec. Elle répétera l'expérience, ce dimanche à 15h en l'église St-Paul, pour que l'esprit de Mathieu continue d'inspirer les gens et que la maison qui porte son nom puisse renforcer son service de soins palliatifs!
L'ancienne élève de la regrettée pianiste russe Lubka Kolessa a composé l'œuvre de sa vie quelques mois après le départ de Mathieu. Catalysant sa peine pour l'enfermer à jamais dans un concerto d'une heure et dix minutes sans interruption, Mme Froment-Savoie touche les cœurs les plus durs avec cette symphonie, conçue initialement pour cordes. Avec les années, l'artiste a ajouté des cuivres et a peaufiné son doigté pour que chaque note, soyeuse ou agressive, détonne. Elle a aussi plus de plaisir à les rendre, alors que la première fois qu'elle les a présentées à la Maison de la culture en avril 1992, elle avait souffert malgré l'ovation monstre qu'elle avait reçue.
Elle a réalisé avec La Revue un exercice qu'elle a rarement fait: une analyse de chacun des 17 mouvements inclus dans son Requiem de Mathieu, auquel participeront le Chœur Bach d'Ottawa et les solistes Pascale Beaudin (soprano), Chantal Richard (mezzo-soprano), Michael Schrey (ténor) et Pierre-Étienne Bergeron (baryton). La direction musicale sera assurée par Lisette Canton et l'animation par Claude Naubert. Voyage au centre de l'intimité avec une passionnée de la plus pure espèce.
1er mouvement: La peine, le souvenir de cette époque, de ces deux années où Mathieu Froment-Savoie a combattu la maladie, de la chimiothérapie aux infinis examens. Une marche dramatique, envoûtante. «Il finit en mineur et à la fin (17e), je reprends le même thème en majeur», explique la pianiste qui enseigne au Conservatoire depuis 40 ans.
2e mouvement: Les funérailles de Mathieu, peintes en cinq variations. Mme Froment-Savoie devait arrêter après ce deuxième mouvement, mais l'inspiration est revenue au galop: elle raconterait les 11e et 12e année de son fils et les méandres dans lesquels il s'est faufilé pour marquer l'histoire régionale.
3e mouvement: Intitulé Dies Irae (jour de colère), c'est un retour deux ans en arrière, alors que Mathieu, un jeune virtuose du violoncelle, apprend avec exaspération qu'il a le cancer. «C'est une musique qui bouscule et qui se répètera plus tard, lors des rechutes…», précise-t-elle.
4e mouvement: La confirmation de l'annonce du cancer, à grands coups de tuba et trompettes. Un mouvement court, mais extrêmement poignant.
5e mouvement: «C'est la destinée, comme si c'était écrit qu'il allait avoir le cancer. Mais il était trop jeune à 11 ans, nous n'étions pas capable de l'accepter.»
6e mouvement: «Après, il y a un solo pour soprano, qui pose trois questions en latin: 'Pourquoi moi?', Mathieu le disait souvent, 'Est-ce que je vais remarcher?' (il était très paralysé) et 'Est-ce je vais guérir?'»
7e mouvement: Une partie très énergique qui représente la détermination de Mathieu, qui tenait absolument à remarcher. Il y arrivera d'ailleurs...
8e mouvement: La nostalgie de Mathieu envers son passé de jeune homme en santé…
9e mouvement: Un des plus beaux moments de ces deux années de maladie: le voyage d'un mois en Europe de Mathieu avec ses parents. «Il a sauté une chimio pour venir et il n'a pas été malade une seule fois!», se rappelle Mme Froment-Savoie. Une musique qui sonne un peu gypsy à son oreille…
10e mouvement: Après un voyage mémorable, Mathieu fait une rechute. C'était l'occasion pour la pianiste de revenir avec l'ambiance du carabiné Dies Irae.
11e mouvement: Intitulé à juste titre Lacrymosa, ce tragique morceau met en scène un autre solo pour soprano et un chœur mélancolique et plaintif. La version originale de ce mouvement était beaucoup plus courte, mais Mme Froment-Savoie a décidé de la prolonger pour aller au bout des émotions.
12e mouvement: Après sa dure rechute, Mathieu s'offre du bon temps en écrivant son livre, qui fera un tabac social et médiatique lors de sa sortie. «C'est une musique pour danser, ça swinge!», lance l'artiste en souriant.
13e mouvement: Une berceuse qui décrit l'espoir de guérison florissant dans la tête de Mathieu. La tumeur avait rétréci, alors cette période fut plaisante et relaxante…
14e mouvement: Un air «d'Agneau de Dieu», sur lequel des cordes vocales couchent trois versions d'une douce mélodie, une invocation pour que survienne un miracle.
15e mouvement: Un solo de violoncelle en hommage de Mathieu suivi d'un chat latin disant: «Je n'ai pu faire tout ce que je voulais, je retourne vers ma mère, je n'ai pas le choix…»
16e mouvement: «Une communion, une marche très joyeuse; c'est Mathieu au Salon du livre lors du lancement. Il a donné plus de 100 entrevues, fait des séances de signatures, tout ça deux semaines avant sa mort», indique sa mère. Il venait d'avoir 13 ans et était si fier de dire qu'il était un pré-ado… Les deux dernières parties du mouvement sont consacrées à ce dernier anniversaire et à l'annonce de la mort de Mathieu.
17e mouvement: La montée vers le paradis du courageux jeune homme. Une fin sereine, ponctuée d'un chœur angélique et d'une atmosphère paisible. Alors que le Requiem débute avec un gong solennel et sans compromis, il se termine avec un tintement de cloche réconciliateur…
C'est un rendez-vous ce dimanche 18 février à 15h en l'église St-Paul d'Aylmer, 61, rue du Couvent. Billets disponibles (30$ pour le concert et 75$ pour le concert et la réception) à La maison Mathieu-Froment ou au 819 682-3900.