Du rock sans attaches pour Papillon avec Pop Rop
Le bourlingueur offre un disque aux racines multicolores
Il a passé son enfance et écrit des musiques de Pop Rop avec Pascal Dufour des Respectables, il a traîné son baluchon sans agenda de New York au Royaume-Uni, ses enfants demeurent à Toronto et son cœur bat pour une Hulloise dans la métropole québécoise; Stéphane Papillon est un globe-trotter non-conventionnel qui a compris depuis longtemps que la censure rend fou et que les oubliettes sont creusées pour les problèmes.
Quand un de ses contacts dans le showbizz québécois le contacte à New-York pour lui ouvrir une fenêtre à Montréal, le gars de 37 ans originaire de Cap Santé saute à pieds joints sur l'opportunité. «Il m'a suggéré de faire quelques tounes en français, alors je lui ai envoyé une maquette et j'ai fait des tournées (avec Éric Lapointe notamment) d'un bout à l'autre du Québec pendant un an», explique Papillon.
Voici les origines des douze titres de Pop Rop, une carte de visite qui frappe «dans les dents».
1.Accro: «Celle-là, je me suis bien amusé à la faire. C'est une chanson avec un gros riff 'cock-rock'». Papillon s'est inspiré d'une toune de Velvet Underground sur le sadomaso et, comme il a de la facilité à composer des trucs salés, il s'est laissé aller…
2.Histoire de pêche: «Je l'aime bien musicalement, c'est un trip à moi, un gros 'hard rock carré'. Je voulais faire une toune qui parle de rien et finalement, on est revenu au sexe, je sais bien pas pourquoi! C'est une image de 5 à 7 qui a viré en 5 à 7 jours.»
3.Showbizz québécois: «Un riff de Pascal Dufour sur lequel je voulais amener une sonorité 'Bowie-disco-cheap'. C'est absurde et plus flyé encore…», consent Stéphane, qui a pondu ce texte d'autodérision sur la colonie artistique pendant la «Stefiemania», lorsque l'album Le Décor de Stefie Shock tournait rondement sur les ondes. «Ça a été facile à écrire: j'ai mis quelques personnes et j'ai peint une toile du showbizz québécois!»
4.Jérémie: La chanson la plus engagée du disque. Jérémie (nom choisi pour ses trois syllabes et non pour copier le succès de Pearl Jam…) représente cette génération de jeunes qui peuvent se procurer des fusils trop facilement. Papillon trouve que la culture de la rue est très spéciale. «Regarde le nombre de vies ruinées, de gens blessés par un simple accident anodin qui est facilement évitable…»
5.Le monde est fou: «La première toune que j'ai écrite à la guitare acoustique. Plus je l'écoute, plus elle prend du sens», avoue-t-il. Fatigué de se réveiller à chaque matin avec des mauvaises nouvelles à tous les postes de télé, de radio ou sur Internet, il a composé cette pièce. «C'est hallucinant de partir ses journées de même. Je me suis dit 'Y faut que j'me donne un break, j'ai juste envie de brailler!', lance Papillon. Dans ce temps-là, tu vas chercher du réconfort dans les bras de ta blonde et tu sors pas du lit ou tu retournes dans tes souvenirs d'enfance, quand tu étais collé sur maman. C'est comme se mettre la tête dans le sable, prendre des vacances.»
6.Sac à puces: Papillon a utilisé la méthode de Tom Waits pour créer ce morceau: il a observé une parfaite inconnue et a inventé un univers autour d'elle. Le sujet de sa lubie était une magnifique jeune femme aux yeux bleus, qu'il a croisée dans un autobus entre Montréal et Toronto. Il ne lui a pas adressé la parole, mais il l'a intensément regardée!
7.Calisse!!!: La «toune défoulement» du disque! Un riff qui traînait dans le tiroir d'un de ses amis et qui se prêtait bien à la critique sociale que voulait propager Papillon. «Je suis écœuré du 'politically correct', de l'aseptisation. Quand j'étais jeune, j'me rappelle, on faisait du trapèze dans la cour d'école! On était 9 dans le Grand Marquis à mon père! Mais aujourd'hui, faut que tu mettes un casque de ski-doo à ton enfant quand tu vas marcher avec, sinon t'es un parent irresponsable…», exagère-t-il en riant.
8.La secoupe alla essplosée: La «secoupe», c'est son cerveau… Quand il erre dans les rues de Montréal, Papillon a son dictaphone en main et aussitôt que des lignes lui viennent, il les enregistre. Quand la bande est pleine, il la vide sur papier et y revient si le besoin s'en fait sentir. Ce jour-là, alors qu'il jammait avec ses potes, les mots manquaient aux notes, alors il a collé des phrases qui n'avaient aucun sens et cette chanson au titre complètement dingue est née!
9.La cible: La première rencontre avec sa blonde, une Hulloise. «J'ai pris des images très claires qui sont restées, c'est une chanson classique romantique», ajoute-t-il simplement.
10.V-8: Une musique écrite en 1987… dans le sous-sol de la mère à Pascal Dufour! Alors que les paroles originales des ados-bums étaient nulles, celles-là représentent le vrai Stéphane Papillon: celui qui part sur la route pour fêter et ne pas dormir de la nuit. Une toune «dans le plancher qui fait tout oublier!»
11.Get down mon amour: «C'est la suite très chaotique de La cible!, s'exclame-t-il. C'est une relation très dure, parfois guerrière, mais ça a sa beauté, car c'est très passionné. Ce n'est pas un long fleuve tranquille…»
12.Bisous: Stéphane a profité de l'aisance à écrire des balades de Pascal Dufour pour terminer son disque sur une note paisible. «Depuis les cinq dernières années, il n'y a rien de plus touchant que mes enfants qui sont au loin, mon divorce. C'est un peu une lettre à mon ex, dans laquelle je lui demande ce qu'elle fait et où je m'informe de mes enfants…»