Philippe Falardeau lors de la tournée de promotion de Congorama en octobre dernier. (Photo: Patrick Voyer)
Philippe Falardeau sur un gros nuage
Congorama rafle cinq Jutra, dont celui du meilleur film
La surprise qu'a provoqué le «discret» Congorama aux Jutra dimanche soir a éclipsé celle suscitée par le très beau Mémoires affectives de Francis Leclerc. Cinq statuettes lui ont été remises, dont celles du meilleur film et les très prisées récompenses du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.
C'est d'ailleurs cette dernière qui fait le plus plaisir au sympathique réalisateur originaire de Gatineau. «Le prix du scénario me renvoie à ce que j'ai vécu. Sur le plateau, quand tu as une équipe pour te backer, ça va, mais quand tu es seul à écrire, tu le sais pas si c'est bon, avoue Philippe Falardeau. C'est un baume là-dessus et ça va me sécuriser pour aller plus loin…» Ce «plus loin» est une adaptation du roman de Bruno Hébert, C'est pas moi je l'jure, scénario déjà achevé et déposé. Cette histoire racontant le destin d'un ado autodestructeur est présentement en attente de financement.
Rejoint lundi midi après qu'il ait pris quelques heures de sommeil (il n'a pas dormi dans la nuit de dimanche à lundi!), Philippe était d'une humilité déconcertante. «Je n'ai pas dormi… mais c'est la rançon de la gloire!, ironise-t-il. Je suis très content pour le film. Il va d'ailleurs ressortir vendredi au Starcité, alors on va avoir la chance de rejoindre le public qui ne l'avait pas vu. C'est une deuxième chance!»
Son histoire d'un ingénieur belge, né dans une grange au Québec, qui retrouve ses racines dans une région rurale, a donc conquis le jury. Un scénario rempli de légères pointes, d'humanité, de coups bas, de tendresse et de souffrance, bref un film pour tous qui fait réfléchir. r et qui a été produit par le Gatinois Luc Déry.
Philippe Falardeau avait une lourde tâche de projeter ses pensées sur l'écran et il a bien réussi. Ce qui lui a permis de mettre la main sur le Jutra de la meilleure réalisation. «Je pensais que c'était Érik Canuel, le réalisateur de Bon Cop Bad Cop, qui l'aurait!», admet-il. Surtout que lors des Prix Génie une semaine plus tôt à Toronto, la comédie d'action avait fait un malheur! Mais ça aura été différent au Québec, alors que le touchant film Congorama a fait la barbe à ses poursuivants.
Même s'il déteste comparer ou essayer de tout décortiquer, Philippe Falardeau pense connaître la raison pour laquelle Bon Cop Bad Cop (qui a décroché le billet d'or- film le plus populaire au box office) n'a pas eu autant de récompenses. «Personnellement, j'ai adoré le dernier James Bond. Mais est-ce que je voulais qu'il gagne le meilleur film aux Oscars? Non, c'est un film commercial qui fonctionne bien!»
En effet, à côté des 15 millions $ du film d'Érik Canuel, Congorama fait pâle figure avec ses 400 000 tomates! Cependant, il faut davantage se creuser la tête pour en apprécier le contenu, des efforts que reconnaissent d'habitude les membres de l'industrie. «C'est un film où on essaie des choses différentes, ça fait contre-poids aux succès du box office», précise le réalisateur.
Entre-temps, Philippe doit se farcir entrevue sur entrevue, mais il garde le sourire! «Je salue tout le monde en Outaouais et je souhaite que les gens aillent voir le film. Je ne garantis pas qu'ils vont aimer ça, mais c'est un film différent de ce qu'ils ont vu jusqu'à présent!»