Fouiller les forêts ténébreuses en quête d’identité…
«Forêts» de Wajdi Mouawad au Théâtre du CNA
«Forêts est une sorte de lance-pierre: une fois que l’élastique est tendu, il n’y a pas moyen de le relâcher, car il y aura des contrecoups!»
Emmanuel Schwartz est l’une des onze ombres qui prête sa carcasse et son esprit aux nombreux personnages créés et évoqués par Wajdi Mouawad dans cette très longue et suggestive production louant la généalogie.
Forêts n’est pas la fin de la saga identitaire commencée par Mouawad avec Littoral puisque Ciel viendra clôturer en 2009 cette tétralogie dont Forêts est le troisième tome. Une obstination brillamment calculée qui fascine les publics du monde entier et Emmanuel en particulier, qui codirige depuis 2005, avec Wajdi Mouawad, la compagnie de création montréalaise Abé carré cé carré, et qu’on a vu de tous ses yeux bleus au cinéma aux côtés de Karine Vanasse dans Sans elle de Jean Beaudin.
«Le but est de retrouver le fil de notre bonheur, allègue Emmanuel, qui endosse l’habit de Samuel. On fait souvent face à de multiples signes! Ça traite donc de la frustration qui naît de tout ce qu’on a à gérer; on se projette, on analyse notre passé-présent-futur…»
«On prend ici appui sur une ado (Loup), qui fait le chemin pour revenir à ses origines, pour arriver à y trouver son bonheur.» Ceux et celles qui ont assisté à Incendies regagneront dans Forêts cette trame narrative composée de flashbacks et d’une inondation de scènes. On suivra la trace de plusieurs générations des ancêtres de Loup, qui désire en apprendre davantage sur son errance provoquée par un éclat d’os qui s’est infiltré dans sa tête… Mais d’où vient donc cet os?
Un thème révélateur
La généalogie est passée au peigne fin par l’archéologue des âmes Wajdi Mouawad. À travers sa recherche, Loup a bouleversé Emmanuel Schwartz, qui s’est retrouvé bien malgré lui à cuisiner ses propres grands-parents, aujourd’hui décédés, sur l’histoire de sa propre famille.
Selon lui, Wajdi a voulu que le public reconnaisse la portée dans nos vies de nos ancêtres, qui sont un rapport privilégié dans la compréhension de notre être. «On sent ce lien, ce n’est que ça, ce grand labyrinthe, ce puzzle jeté par la vie qui se retrouve éparpillé sur le terrain de jeu qu’est la Terre. Et on est un peu laissé à nous-mêmes dans ce monde; notre carte routière est la généalogie, croit-il. Et la réponse que la pièce donne est encore plus complexe que ça, la nuance est plus importante.»
«C’est une suite thématique, une pièce répond à l’autre, on est constamment en train de voguer entre les scènes, entre les époques, les scènes rebondissent les unes sur les autres, les éléments se recoupent et se réunissent en une immense mémoire émotive…»
Du Wajdi à l’état pur
Sept mois de répétitions, 130 représentations, Forêts a d’hors et déjà marqué la théâtralité au fer rouge. Chacun essayant de trouver un sens à son existence, Wajdi Mouawad continue d’employer sa scénographie inventive et figurative, qui a fait le succès d’Incendies, pour se frayer un chemin dans notre subconscient…
«J’adore, je suis un fan inconditionnel de cette forme de théâtre suggestive. Les décors réalistes, pour moi, ne sont pas utiles», confie Emmanuel. D’après lui, Mouawad et son équipe, dont le scénographe Emmanuel Clolus, affinent leurs aptitudes imprégnées de simplicité, de justesse et de fulgurance depuis Littoral. La lumière, les costumes, les figurations, tout respire la grandiloquence et l’ébahissement de cette quête inassouvie d’identité.
«Forêts» est présenté du 27 au 31 mars, à 19h30, au Théâtre du CNA. Billets: 613 755-1111.