L’Opéra Lyra ose Othello au CNA
Le classique shakespearien envoûté par la musique de Verdi, le summum musical de sa fructueuse carrière, est présenté pour quatre soirs au CNA avec un alignement de grandes voix, de belles et passionnées voix.
Si la majorité de la distribution provient du Canada anglais, un irréductible vétéran dont la réputation internationale n’est plus à faire nommé Benoît Boutet, sera de cette cohorte en revêtant les atours de Roderigo, le Vénitien qui prétend pouvoir tout acheter avec ses écus, même les iris de la jolie Desdemona, amoureuse d’Othello et proie du traître Iago.
De retour dans la Capitale pour une énième fois, Benoît Boutet, qui réside maintenant à Québec après un séjour d’une vingtaine d’années à Toronto, soutient que les amateurs d’opéra et de théâtre sont chanceux de pouvoir assister à ce «coûteux» spectacle, un monument qui se tient toujours droit comme une colonne de temple grec.
«Othello est une œuvre de passion, on touche à toutes les émotions: jalousie extrême, meurtre et suicide par amour, énumère-t-il en prenant bien soin de terminer par le suicide. On en voit encore aujourd’hui, mais moins! Et même au 16e siècle, ce n’était pas très conventionnel, l’époque romantique est arrivée plus tard…»
Ce qui colle encore à la peau de cette œuvre géante est cette musique omnisciente, percutante, enveloppante, qui traduit avec une finesse inégalée les combats épiques que les personnages se livrent dans leur âme et conscience. De la colère à l’amour étripant, Verdi a su magnifier les écrits cinglants du grand William.
«C’est le dernier opéra de Verdi, une composition qui poussait son style à l’extrême», explique Benoît Boutet. Les Puchini et Wagner suivirent les sillons de Verdi, mais n’arrivèrent jamais à planter autant d’épines dans le cœur du public.
Cet opéra était aussi très en avance sur son temps, car mis à part les pauses entre les actes, les notes ne se taisent jamais. Dans ce sens, Benoît Boutet considère Othello comme un théâtre caché, où le jeu inspiré des charmeurs ou des goujats n’aurait pas besoin d’autant de lignes! «Tu apprends et tu ressens le pathos
qui t’habite…», consent le chanteur.
Mais, en bavard corbeau qu’il était, Shakespeare a tissé son opéra serré, «contraignant» les acteurs à se surpasser. Benoît Boutet prend exemple sur son ami baryton John Fanning, qui interprète le détestable rôle d’Iago, qui a fait des efforts exemplaires de mémorisation.
Quant à son alter-ego Roderigo, s’il n’est pas forcé de déverser des flots de paroles, il apprendra que la fortune n’achète pas… la bonne fortune. Il faudra qu’il essuie de cuisantes défaites et un duel pour s’apercevoir que son pouvoir n’était qu’un grain à côté de celui, irrésistible d’Othello, joué par l’Américain Mark Lundberg, un colosse de 6’5…
Pour assister à cette éternelle œuvre le 31 mars et les 2, 4 et 7 avril à 20h à la salle Southam du CNA, 613 755-1111 ou surfez au
www.operalyra.ca.