Philippe Falardeau est un homme souriant de nature et un cinéaste au sommet de son 7e Art depuis le couronnement de Congorama. Celui qu'on voit ici avec le chef machiniste Robert Auclair et le directeur photo André Turpin, dévoile quelques facettes de son boulot à La Revue.
Le complexe boulot de réalisateur vu par Philippe Falardeau
L'artisan décoré de «Congorama» nous explique son univers
Il est scénariste mais surtout réalisateur. Philippe Falardeau exerce un métier extrêmement englobant, dont les principales tentacules ne seront jamais montrées et décortiquées. Nous avons donc tenté d'en apprendre davantage sur la teneur en pression que doivent soutenir les «généraux du 7e Art»!
Pour rendre l'exercice accessible à tous, le Gatinois d'origine a bien voulu se glisser dans la peau d'un cinéaste invité à rencontrer une foule d'étudiants pour leur dresser les grandes lignes de son gagne-pain. Après trente minutes au téléphone, on peut se dire qu'on va se coucher moins niaiseux en tout cas!
Commençons par le début: «Un film est une histoire racontée, qui a un début, un milieu et une fin. Tout ça n'arrive pas tout seul», prévient-il. Cela est aussi vrai que la troisième scène d'un long-métrage peut être enregistrée lors du dernier jour de tournage, que des endroits peuvent être complètement inventés par l'équipe de production artistique et que le réalisateur doit prendre en compte les volets créatifs et économiques (le budget de départ doit être respecté, quitte à fusionner des lieux de tournage) lorsqu'il se lance dans un projet. Le producteur n'est jamais loin… Mais bon, Philippe travaille avec son vieil ami et compatriote outaouais Luc Déry aux Productions micro_scope, alors il a de la latitude (sans dire qu'il a tout cuit dans le bec!)
Dès que le scénario est finalisé, que les lieux sont repérés, que la directrice ou le directeur de casting a identifié avec le réalisateur quel acteur ou actrice incarnera tel ou tel personnage et que le producteur a donné son aval, la bobine est installée et l'aventure décolle.
Un rôle-phare
Ce qu'aime par-dessus tout Philippe Falardeau est de diriger les comédiens, mais cela ne représente que la pointe de l'iceberg de son job. Tout débute par le scénario (qu'il écrit lui-même). «À partir d'un scénario, car ce n'est pas un film, c'est écrit, faut lui donner un aspect matériel, explique Philippe. Je suis responsable de tout ce qui est à l'écran: le choix des comédiens, je les dirige, je trouve le rythme qu'ils utiliseront, le placement de la caméra; est-ce je la veux loin, proche, est-ce que j'utiliserai la lentille télé-photo, est-ce que je veux tous les personnages dans le cadre ou non, le focus, la texture et les couleurs des décors…»
Inutile de dire que l'image du phare saute aux yeux quand on imagine le réalisateur sur son plateau. Que l'action de déroule dans une ruelle, une cuisine, Philippe est à l'affût de tout. Quand il arrive dans le décor, il sait exactement ce qu'il veut, de quoi aura l'air la scène une fois tatouée.
Il le dit lui-même: tout est calculé, des objets sur les étagères aux teintes des vêtements des figurants. Bien sûr, Philippe peut compter sur les conseils des directeurs de chacun des départements (accessoiriste, directeur artistique, directeur photo), et c'est lui qui a le mot de la fin. Par exemple, il n'accepterait pas que, dans une scène urbaine, un passant attire l'attention avec son paletot orange fluo, alors que le personnage principal est en train d'offrir un bijou dramatique!
Même réalité dans la salle de montage: il bosse avec le chef monteur, qui lui suggère certains plans, mais encore une fois, Philippe a le dernier mot! Or, s'il a vécu l'entièreté du processus de montage sur La moitié gauche du frigo, il avait d'autres chats à fouetter sur Congorama… De toute façon, il ne capote pas sur le montage et des fois, ça dure trois mois avant que tous les plans soient à son goût, alors… Sans oublier que le monteur ne peut s'émanciper s'il a constamment le réalisateur près de lui!
Philippe le méticuleux
Tout réalisateur se doit d'être méticuleux et c'est justement une des qualités de Philippe Falardeau. Nous parlions plus haut de l'importance du budget, et bien si un réalisateur n'a pas une poigne assez solide sur son équipe, l'horaire s'étirera. «Il faut respecter l'horaire, on doit rester vigilant et finir les scènes de l'avant-midi en avant-midi pour ne pas prendre de retard en après-midi…»
Ce souci du détail doit être présent chez tous les membres de l'équipe. Philippe cite le directeur photo, qu'il compare à un horloger, qui peut certains jours passer des heures à dénicher la bonne lumière pour une scène. Alors que son assistant s'occupe de l'entretien des lentilles (vérifier si une poussière s'est déposée avant chaque prise) et de la mesure du foyer et des distances, le directeur photo doit trouver le moyen de rendre brillante toute scène… même celles tournées en plein soleil!
Cette technicité se prête autant aux départements artistique (costumes, coiffure, maquillage, caméra sur rail) et sonore. Philippe indique que dans une scène dans un café, il peut y avoir 24 pistes sonores indépendantes qui, en post-synchro, se fonderont pour mystifier le public!
Questions en rafale
Le cinéma étant un art étendu (et répandu), nous avons abordé divers sujets avec Philippe Falardeau. En voici un compte-rendu.
Es-tu un réalisateur difficile?: «Oui, sur le jeu, je veux MA scène, ironise-t-il. Mais sur le plateau, je suis bien relax. Je suis assez nerveux dans la vie, mais pas sur le plateau, j'essaie d'avoir du fun. Je vais saluer les comédiens à chaque matin et leur demander s'ils ont besoin de quelque chose. Si je ne peux répondre à leurs besoins, je vais en parler aux bonnes personnes.» Concernant le jeu, Philippe estime que peu importe le type de long-métrage, les réalisateurs devraient exiger la perfection aux acteurs…
Quelles sont les qualités d'un bon réalisateur?: «Quelqu'un qui sait ce qu'il veut et qui est capable de le communiquer, qui écoute ses collaborateurs, qui prend des décisions et qui est capable de vivre avec», énumère-t-il. Il avoue regretter certains choix faits sur Congorama, mais au final, il est satisfait de son film.
Utilises-tu des storyboard?(découpage de scène): «Non, je fais une visite des lieux avec l'équipe de techniciens, le directeur photo… En pré-prod, j'ai déjà une idée ce que je veux. La veille, je vais regarder ma scène et faire un croquis avec la caméra, et je fais une réunion avec mon assistant et la script (chargée de noter tous les menus détails d'une scène pour que les prises tentées des dizaines de fois soient identiques) le lendemain.» Dans Congorama, seule la scène de l'accident provoqué par l'émeu a été dessinée.
Que doit-faire pour se tenir à jour?: «Toujours regarder des films, tourner le plus souvent possible, mettre les équipements à jour (il tourne en 35 mm), se tenir au courant des nouveaux comédiens.» Philippe garde l'esprit le plus ouvert possible, mais se fait un devoir de ne pas imiter ce qu'il voit.
Quelle est ta facette préféré du métier?: «Tourner, sentir que toutes les actions convergent vers un seul but. Je me sens privilégié de voir que tout ça (équipe) est pour mon film à moi, ce qu'il y avait dans ma tête», confie-t-il.
Ton prochain film?: Philippe travaille présentement à l'adaptation du roman C'est pas moi je l'jure de Bruno Hébert, qui raconte le point de vue très destructeur sur la vie d'un jeune homme abandonné par sa mère durant l'été 1968.