Les immigrants sont heureux au Québec?
Imaginez-vous dans la peau d'un immigrant qui vient de réussir à quitter la Côte-d'Ivoire ou l'Irak pour s'installer dans un deux et demi à Montréal, loin des machettes et des bombes. Vous sentiriez-vous bien?
Le Canada, spécialement le Québec, est une terre d'accueil en or pour les immigrants. La manchette de la Presse canadienne sortie aujourd'hui le prouve avec des statistiques éloquentes. Mais avant de commenter ces résultats, dites-vous qu'ils ne proviennent pas encore une fois d'une «étude super scientifique» utilisant un maigre échantillon de quelques centaines de répondants. Le genre de truc qui permet aux médias de généraliser et de faire de grosses déclaration à l'emporte-pièce style «Les immigrants sont heureux au Québec».
Non, cette fois, ils sont issus de deux nouveaux rapports publiés par Statistique Canada, qui achève une «vaste enquête» visant à évaluer l'adaptation des immigrants sur une longue période.
Concentrons-nous donc sur quelques juteux points du rapport.
La recherche d'un travail et l'apprentissage de la langue demeurent des étapes difficiles à franchir pour eux.
Bon, reprenons l'exemple de notre Irakien, qui se rend compte qu'ici, il n'a pas besoin de mettre un gilet pare-balle pour aller acheter une pinte de lait, que ses enfants sont en sécurité à l'école (même si certains autres immigrants vont s'instruire avec un poignard sacré à la hanche), que sa femme se fera juger si elle marche voilée (hum, pas bon exemple…). Il est heureux notre homme, en tout cas moins stressé… Paradis? Hum… pas tout à fait.
De quoi a-t-on besoin dans la vie? Communiquer et gagner du blé. Notre Irakien, à moins d'une baraka du tonnerre, ne parlera pas français ni n'aura de boulot quand il débarquera sur le sol salvateur de Montréal ou Gatineau. Selon l'étude, un immigrant sur quatre avoue que la langue française ou anglaise lui a donné du fil à retordre à leur arrivée. Sachant cela, notez qu'après quatre ans au pays, 69% des immigrants admettent bien parler l'anglais et au Québec, ce chiffre atteint 73% pour la langue française. Alors côté langue seconde, les immigrants québécois remportent la manche! Ce n'est pas surprenant remarquez, on aime «tellement» notre frrrrrrrançaize…
En moyenne, s'acclimater à la langue, donc la culture de notre terre d'asile, prend six mois. Cela donne le temps aux gens de s'installer et de sortir le nez dehors un peu. Cela dit, s'ils se ghettorisent et font exprès de snober ceux qui les ont accueillis, ils trouveront le temps long… Malgré que plusieurs se contentent de quatre coins de mur! Parlez-en aux récidivistes…
Maintenant, une fois qu'ils sont capables de baragouiner un brin, «yes-no-toaster, oui-non-toaster» en français, et qu'ils ont pris le temps de souffler et de faire baisser la pression, ils doivent subvenir à leurs besoins. Et c'est là que ça se corse.
Si 84% des immigrants se disent heureux d'avoir déménagé ici, 46% d'entre eux ont tiré le diable par la queue dans leur recherche d'emploi. C'est pas facile de ce côté, merde non. Les raisons?
-Le manque de contacts sur le marché de l'emploi: quand on sait que 80% et plus des emplois ne sont pas affichés (selon mes sources dans l'univers des appels la fin de semaine de patron en patron), imaginez notre Irakien devant cette machine rigide et non translucide. Ouf, autant grimper l'Everest sur les mains! Eh non, notre ami ne pourra se targuer en prenant un air malin sur le terrain de golf d'utiliser ses contacts…
-La non-reconnaissance de l'expérience et des diplômes acquis: alors là, tout dépend de la nature de la job et de l'ouverture d'esprit de l'employeur. Ne rentrons pas dans le «politically incorrect», mais disons que certains auraient besoin de sérieusement réviser, d'actualiser leurs valeurs. Il est clair que si la job sur laquelle notre Irakien postule se pratique différemment en Amérique, ne nous surprenons pas… Faut demeurer logique. Sauf que certains sont fort débrouillards, alors pourquoi ne pas leur laisser une chance s'ils prouvent qu'ils possèdent probablement les aptitudes?
-La barrière linguistique: quand on se présente à une entrevue, il est mieux de savoir parler la langue. Surtout si le patron ne se débrouille pas vraiment en anglais! Restons terre-à-terre, Rome ne s'est pas construite en un jour…
***
Bien que l'étude soit sérieuse, ces chiffres arrivent de nulle part. Ils sont certes utiles, mais ne sont pas une science infuse; prenons-en et laissons-en. Cependant, vous avouerez qu'on reconnaît bien des caractéristiques de notre province, de notre voisin, de notre ami qui est propriétaire d'une entreprise et qui a de la facilité ou de la difficulté à accepter les immigrants en ses murs…
Oubliez les stats et mettez-vous à la place de notre Irakien, qui accoste sur nos rivages avec sa marmaille et sa femme, sans emploi, le bruit des explosions résonnant encore dans ses oreilles blessées. Oui, ils sont sauvés de la mort, de l'horreur, mais pas des problèmes. Les cyniques diront qu'ils l'ont voulu, d'autres leur donneront une chance et croiront qu'ils sont de nouveaux citoyens dont nous pourrions essayer de nous rapprocher.
Peu importe le camp dans lequel vous êtes, ne perdez pas de vue que le changement, c'est long et dérangeant. Nous, Québécois, le savons plus que d'autres: nous stagnons dans plusieurs sphères et n'avons aucune morale à faire aux autres. Et dire que nous sommes permissifs! Quelle contradiction tout de même…