«Louise voulait envoyer sa fille à l’Île Maurice» - Shakti Ramsurrun

Louise Lebœuf tenait à ce que sa fille Anne-Katherine vive «une aventure» en posant ses valises à l’Île Maurice en compagnie de Shakti Ramsurrun, celui de qui la jeune femme de 19 ans était tombée amoureuse sur un bateau de croisière fin 2009. 

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L’accusé du triple meurtre commis à Aylmer en 2012 a témoigné, jeudi après-midi, pour sa propre défense. Son frère et l’une de ses sœurs feront de même au cours des prochains jours.

 En répondant aux questions de son avocate, l’homme de 33 ans a relaté en détail comment il avait fait la connaissance de la jeune Gatinoise ainsi que le début de leur conte de fées.

C’était le 12 décembre 2009 à bord du Explorer of the seas, un majestueux navire de croisière sur lequel oeuvrait Ramsurrun comme serveur.

«Les portes du restaurant ouvraient à 6h. Anne-Katherine Powers, Claude Lévesque et Louise Leboeuf sont entrés. Je les ai accueillis», a commencé le principal intéressé.

Une fois attablés, «ils m’ont dit qu’ils étaient du Québec, au Canada, et m’ont expliqué les provinces».

Shakti Ramsurrun était alors à l’emploi de Royal Caribbean Cruises depuis deux mois.

Après une enfance passée à cultiver des oignons sur la terre familiale et une adolescence à travailler sur un terrain de golf – au moment où l’Île Maurice commençait à s’ouvrir aux touristes –, le jeune homme s’est tourné vers l’industrie de la restauration.

Puis, un vieil ami l’a incité à poser sa candidature pour travailler sur les paquebots de croisière de l’entreprise basée à Miami.  

«Je voulais aider ma famille qui était pauvre. Je voulais construire une maison pour mes parents, une pour moi et m’ouvrir un resto», a souligné l’accusé en s’adressant au jury.

Le restaurant sur le bateau, «ça ressemblait au paradis. C’était beau. Il pouvait contenir 1500 personnes sur trois étages. Je pouvais gagner entre 1500$ et 2000$ US par mois», a poursuivi Ramsurrun, menotté aux chevilles à la barre des témoins, dans un français impeccable (sa langue première est le créole).

Au second jour de la croisière de la famille Lévesque-Leboeuf, «on avait des conversations, on riait. Je parlais beaucoup à Louise. Je lui racontais d’où je venais. Elle me posait des questions, je répondais. Je ne connaissais même pas encore le nom d’Anne-Katherine et de Claude.»

Le lendemain, le navire dans les eaux de Cayo Coco, «Louise m’a demandé si je pouvais faire visiter l’île à Anne-Katherine, a relaté Ramsurrun avec visiblement une bonne mémoire. Mais je ne pouvais pas (c’était contre les règles internes de l’employeur). Puis, à un moment, j’ai décidé de prendre le risque en disant oui.»

«On est parti le matin. Anne-Katherine m’attendait. On n’était même pas des amis. On était comme des étrangers. On se parlait, on faisait connaissance. Puis, je lui ai dit qu’elle était vraiment belle. Elle voulait boire un pina colada, mais elle ne pouvait pas en commander puisqu’elle n’avait pas 21 ans. J’ai donc pris ma carte (d’employée) et j’en ai commandé deux.»

«Le lendemain, j’ai expliqué à Anne-Katherine et ses parents que je ne pouvais plus prendre de risque (comme la veille)», a continué Ramsurrun.

C’est le 22 décembre, 10 jours après son départ, que le somptueux navire a conclu son périple là où il l’avait entrepris, à Atlantic City au New Jersey.

«Le matin, Anne-Katherine ne voulait plus quitter le bateau. On s’est échangé nos numéros de téléphone et nos adresses courriel. Elle m’a demandé: "Est-ce que tu m’aimes?" Et elle m’a dit: "Si tu m’aimes, je t’aime". Dans la soirée, je l’ai appelé sur son cellulaire. Elle était en route pour le Québec. Elle était contente que je l’appelle.»

Au cours des mois qui ont suivi, la Gatinoise et son nouvel amoureux ont appris à se connaître davantage, par courriel et en se parlant durant «une heure, une heure et demie» à raison de six soirs par semaine.

Une deuxième croisière

En avril 2010, quatre mois après la première, Anne-Katherine, Louise et Claude, cette fois accompagnés d’amis qui célébraient leur 25e anniversaire de mariage, ont reposé les pieds sur le paquebot pour une seconde croisière.

«J’ai demandé une permission spéciale au capitaine pour pouvoir passer du temps avec ma fiancée. Quand on s’est vu, Anne-Katherine et moi, on était déjà amoureux», se souvient le trentenaire.

«En l’apercevant, je l’ai amené au 13e étage et je l’ai embrassé. C’est la première fois qu’on s’embrassait. (…) Les premiers jours, on marchait sur le bateau jusqu’à 1h du matin.»

Puis, après une soirée passée dans une boîte de nuit des Bermudes, «on était très proche. On était prêt à passer à une autre étape. Elle a dormi dans ma cabine».

Devant le constat du sérieux de la relation qui était en train de se développer entre Anne-Katherine et Shakti, «Louise voulait envoyer sa fille à l’Île Maurice pour qu’elle puisse vivre une aventure. Elle voulait qu’elle connaisse ma famille, ma religion, ma vie. Je lui ai répondu que j’allais la protéger», a relaté Ramsurrun aux 12 jurés.

«Louise voulait que je démissionne de mon emploi sur le bateau. Elle voulait que je vienne m’établir au Canada pour faire plus d’argent. En mai, j’ai démissionné.» Et la jeune femme a rejoint son amoureux à New York afin qu’ils prennent un vol en direction de l’Île Maurice, où ils devaient séjourner pendant trois mois.

«Durant le premier mois, on magasinait presque chaque jour. On recevait beaucoup d’invitations. On allait souvent à la plage. On parlait, on regardait les étoiles, on se faisait des projets. Ce n’était pas prévu, mais on s’est financé», a détaillé l’accusé avant que ne soit ajournée la cour en fin de journée.

Son témoignage doit se poursuivre vendredi.

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