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07 janvier 2017

Antony Da Silva-Casimiro - adasilvacasimiro@lexismedia.ca

Les bas d'une carrière professionnelle

©Photo gracieuseté

SOCCER. «T'es chanceux, toi. Tu joues au soccer pro, au soleil.»

Chanceux? Félix Clapin-Girard ne le voyait pas du même œil. Prometteur et même à un moment considéré parmi les meilleurs gardiens espoirs de son âge, le récipiendaire d'un Ballon d'argent au Québec a mis un terme à une carrière professionnelle.

Sacrifice après sacrifice, le portier de 19 ans a toujours caressé le rêve de jouer au niveau professionnel. Lorsqu'il a atterri en Espagne avec le club de Grenada, l'athlète gatinois n'était qu'à quelques pas d'entrer dans la cour des grands.

Mais ces pas-là étaient énormes à franchir, ce que pas tout le monde ne peut comprendre.

L'an dernier lorsqu'on avait parlé à Clapin-Girard, l'avenir semblait paver pour lui. Bien qu'il avait le statut de joueur étranger sur le Vieux-Continent, on lui a fait miroiter un poste avec l'équipe B de Grenada.

«J'étais revenu au pays, car j'attendais mon visa. On m'a dit que ça devait prendre deux semaines maximum. Ç'a pris trois mois au lieu pour régler le dossier.»

Les dirigeants du club espagnol et lui gardaient contact. L'intérêt semblait grand du côté du club de la Liga envers le gardien de 6'2. Et lorsque son retour était sur le point d'être imminent, la nouvelle est tombée: l'organisation est rachetée par un contingent chinois.

On revoit tous les contrats. Les joueurs au statut international ne sont plus une priorité.

«Les nouveaux propriétaires pensaient avant tout aux joueurs de l'équipe pro. Ceux de l'équipe B comme moi, on n'était pas au sommet de leur liste. J'ai demandé à être libéré.»

Sans se l'avouer, cette décision lui a fait du grand bien. Appelé à souvent quitter la maison pour tenter sa chance en France, puis en Espagne, il est resté à la maison l'été. Des pourparlers avec différents organisations ont eu lieu, mais il a finalement signé avec un club de quatrième division sur l'Hexagone.

L'expérience n'aura duré que deux mois à peine. L'envie, la passion, le plaisir de jouer n'y étaient plus, affirme-t-il.

Du moins, pas au niveau professionnel.

«Ce n'est pas une décision prise sous un coup de tête, précise le principal intéressé. Ça faisait deux ans que j'y pensais. Même quand j'étais avec Grenada, j'y réfléchissais. Le changement de proprios a juste accéléré le processus.»

«Plusieurs m'ont dit que j'en avais de la chance. Ils voient les photos et les vidéos et entendent parler de la belle vie que donne une carrière professionnelle, mais ils ne voient pas le grand tableau. Ils ne voient pas l'autre côté de la médaille», ajoute Clapin-Girard.

L'ancien de l'Association de soccer de Hull a vécu plus souvent qu'autrement dans des valises. Difficile de penser à un avenir à long terme lorsque tu dois sans cesse exceller dans ton domaine, jour après jour.

Si une journée, tu es le roi, ça ne te garantit pas l'immunité ou te rassure un rôle. Si par contre, une journée, tu connais une contre-performance, on ne l'oublie pas.

À n'importe quel moment, tu peux être échangé ou même expédié à un niveau inférieur.

«Et quand tu n'as pas de club, oui tu es libre de jouer où tu veux, mais il te faut un visa. J'ai toujours joué au soccer pour le plaisir, mais quand tu es au niveau professionnel, tu deviens un pion et tu peux être trimballer n'importe où sans avoir ton mot à dire.»

«C'est ça, le sport professionnel. Quand tu le vis au quotidien, c'est difficile. Ce n'est pas 100% rose comme le monde le croit. Il y a des détails qui font la différence. Tu n'es pas chez toi, tu dois toujours changer de pays, de cultures.»

De retour au pays depuis la fin octobre, Clapin-Girard n'a pas complètement fermé la porte au soccer. Des universités ont démontré de l'intérêt d'avoir le portier dans leurs rangs. Après avoir vu quelques matchs, le Gatinois ne dirait pas non à tenter l'expérience.

Car si pour plusieurs, opter pour les bancs d'école plutôt que le sport serait un plan B, pour lui, c'est son plan A. Il étudie présentement les options pour obtenir un diplôme en enseignement de l'activité physique pour ensuite devenir œuvrer en kinésiologie.

Le domaine de l'activité physique? Sur les traces de son père, Guy, chez Santé Universelle? Il verra après le diplôme, lance-t-il, préférant penser au jour-le-jour.

Mais pas comme c'était le cas lorsqu'il avait une carrière professionnelle. «Là, c'est différent. Je me sens bien», a conclu Clapin-Girard.

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