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29 mai 2017

Ismaël Habib voulait «mettre une bombe dans mon char»

Le procès pour violence conjugale du présumé djihadiste et ex-Gatinois Ismaël Habib s’est tenu lundi au palais de justice de Gatineau.

Vêtu de noir de la tête aux pieds, l’homme de 29 ans a fait son entrée dans le box des accusés vers 10h30 pour d’abord écouter le témoignage de son ex-conjointe, une Gatinoise dont on ne peut divulguer l’identité en vertu d’une ordonnance de non-publication prononcée par le tribunal.

Exceptionnellement, les gens qui souhaitent pénétrer à l’intérieur de la salle d’audience devaient se soumettre au détecteur de métal des constables spéciaux, y compris les membres des médias.

Pendant plus d’une heure, la présumée victime d’Habib a raconté comment son nouveau conjoint l’a terrorisé à l’hiver 2016, trois mois après avoir fait sa connaissance via un site de rencontres en ligne.

Dès les premières semaines de fréquentation, celui qui résidait à Montréal avant de s’amener à Gatineau lui aurait entre autres demandé de se voiler pour revenir «dans le droit chemin» et d’abandonner son emploi puisqu’il concevait difficilement qu’elle soit mixée à d’autres hommes, a raconté la dame en répondant aux questions de la procureure de la Couronne Me Marie-Josée Genest.

Le tout s’est envenimé, a-t-elle poursuivi, lorsqu’elle a fait connaître à son copain son désaccord vis-à-vis les vidéos morbides, de décapitation, qu’il visionnait sur Internet.

«Dans son quotidien, il visionnait des vidéos de l’État islamique, de gens tués à genoux à la vue de tout le monde. La chicane a pris parce que je ne voulais pas qu’il nous impose ça à mon fils et moi. Je pouvais être en train de faire quelque chose et il partait une vidéo sur la télévision.»

La situation a pris une tournure davantage inquiétante le 26 février, lorsqu’Habib aurait menacé de mort la jeune femme. Ce soir-là, il lui aurait lancé: «Si tu penses me dénoncer un jour, je vais mettre une bombe dans ton char».

«Je ne l’ai pas pris au sérieux et je lui ai dit que j’avais une assurance pour ma voiture. Mais il m’a répondu: "Non, tu vas être dedans"», a relaté la dame en salle de cour.  

Prise de peur, elle s’est aussitôt présentée au poste de police du SPVG pour porter plainte.  

Habib a été arrêté dans les heures qui ont suivi et l’appartement du couple a été perquisitionné, tout comme la voiture de l’homme.

Des chèques en apparence frauduleux émis au nom d’Alexandre Fortin ont été trouvés parmi les effets personnels de l’accusé. Celui-ci aurait transféré des fonds en Turquie via cette identité.

Un faux permis de conduire portait aussi le nom d’Alexandre Fortin. Une carte d’assurance maladie du Québec frappée de l’année de naissance 1913 a également été découverte.

Les policiers ont de plus mis la main sur une machine à fabriquer de fausses cartes de crédit ainsi que sur une vingtaine de cartes de plastique vierges.

Une semaine plus tard, au beau milieu de la nuit, la conjointe gatinoise d’Ismaël Habib aurait reçu un appel de sa femme en Syrie (elle avait découvert peu de temps avant qu’il n’était pas divorcé comme il l’avait laissé entendre). La dame au bout du fil lui aurait alors indiqué: «Si tu es impliqué dans cette arrestation, tu vas recevoir une réponse d’ici».

Le lendemain, elle a reçu une photo par courriel montrant une femme et une fillette tenant une mitraillette avec la mention: «Si tu penses que tu vas gagner contre ça». Sur l’image, on voit l'enfant pointer le ciel du doigt, un signe de référence à Allah.

Le même type d’image a d’ailleurs été aperçu sur le téléphone cellulaire d’un membre de la belle-famille d’Habib, présent au palais de justice lors de son enquête sur remise en liberté en mars 2016, lors d’une fouille préventive effectuée par les constables spéciaux.

Habib se défend

En après-midi, le principal intéressé s’est défendu en répondant aux questions de son avocat, Me Jacques Belley.

«Je n’ai jamais fait de menace de mort à personne. Je ne suis pas un homme violent, je ne me suis jamais battu de ma vie. Je prenais bien soin d’elle. Elle a une peur excessive. Elle barrait la porte derrière moi quand je sortais les poubelles», a-t-il raconté.

En parallèle à cette histoire de violence conjugale, Habib est accusé de terrorisme à Montréal.

Premier Canadien à faire face à la justice pour avoir quitté ou tenter de quitter le pays dans le but de participer aux activités d’un groupe terroriste, il connaîtra son sort le 7 juin prochain. 

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