L'autisme vu autrement

Marie-Charlotte Paquette marie-charlotte.paquette@tc.tc
Publié le 31 mars 2015
La photographe Lucila Guerrero veut offrir un nouveau regard, plus positif, sur l'autisme.
Photo gracieuseté

EXPOSITION. «Je l'ai appris quand j'ai fait une recherche au sujet de mon fils. Je me suis reconnue, et même plus que lui». C'était en 2008. Lucila Guerrero, maman, informaticienne et photographe professionnelle a découvert qu'elle était autiste Asperger.

Sa première épreuve a été de combattre ses propres préjugés à l'égard de l'autisme. «Je pensais que ces personnes ne parlaient pas, ne communiquaient pas, explique-t-elle. Ce n'est pas du tout une maladie ou un trouble. C'est une façon d'être, tout simplement.» Sa vision des choses est exposée sous forme de photographies au Café des artistes de la Lièvre (CAL), du 2 au 30 avril, dans le cadre du mois de l'autisme au Québec. La forme. Ma forme. À ma façon porte un regard nouveau sur cet état, mettant l'accent sur la joie, la passion et la fierté de modèles autistes.

Des hommes, des femmes et des enfants ont été photographiés dans leur milieu, là où ils se sentent le plus à l'aise. L'artiste a voulu explorer ce côté moins connu de leur différence, son côté positif, dans le but de démystifier l'autisme. «Vraiment, c'est vaste, il y a tout un continuum de personnes autistes, toutes uniques», répond Mme Guerrero lorsqu'on lui demande de décrire sa vision de l'esprit autistique. «Pour moi, c'est que mes conversations sont plus informatives que sociales, se décrit-elle. Je comprends surtout au pied de la lettre, sauf si on m'a expliqué (le double sens). Mais ça dépend de chacun.»

Certaines personnes autistes peuvent, en plus, être non verbales ou avoir une déficience intellectuelle, mais ces caractéristiques ne sont pas propres à l'autisme, défend-elle. «Je ne crois pas que l'autisme et l'intelligence soient liés», fait savoir l'artiste, qui a fondé un mouvement pour la reconnaissance positive de la personne autistique, Aut'créatif. «Dans notre groupe, il y a des médecins, des artistes, des fonctionnaires, des éducateurs spécialisés. Les personnes autistes peuvent travailler dans n'importe quel domaine», expose Mme Guerrero.

Respect de la neurodiversité

Avec son exposition et sa conférence, Pour la neurodiversité, artistiquement, Lucila Guerrero veut faire tomber les préjugés et les mythes, pour favoriser l'intégration et le respect des personnes autistes. «Chaque personne est unique, croit-elle. Tout est une question de perception, de fonctionnement de la pensée. Il faut accepter la personne autiste telle qu'elle est, plutôt que de vouloir la normaliser, la transformer en personne non autiste.»

Le respect des personnes autistes passe aussi par un changement de vocabulaire, fait-elle savoir, avançant que l'autisme n'est pas un trouble, mais un état, par exemple. «Je pense qu'il y a plusieurs personnes autistes Asperger qui ne sont pas diagnostiquées, raconte la photographe. Des adultes viennent me parler et me disent qu'ils se reconnaissent là-dedans. Mais ils ont peur d'être étiquetés, mal vus, alors qu'ils se sentent déjà incompris de leur entourage.»

Les choses s'améliorent au Québec, croit la conférencière. «Un côté à être amélioré d'urgence, c'est qu'il faut plus d'informations, de formation et de soutien pour les parents, explique-t-elle. Ça les aiderait à comprendre le fonctionnement de leur enfant. Comme ils ne sont pas autistes, ils ne savent pas comment interpréter certains comportements.» La conférence sur la neurodiversité a lieu le jeudi 2 avril, à 19h, au CAL.

Pour réserver sa place, composer le 819-595-1290, poste 21.