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Quand la passion du piano coule dans les veines

La pianiste Pierrette Froment-Savoie 


Publié le 22 novembre 2017

©Photo TC Media - Marie Pier Lécuyer

Avec la collaboration de Culture Outaouais, TC Média vous propose de découvrir le portrait d’un créateur ou d’un organisme qui fait bouger la culture d’ici !

Le nom de Pierrette Froment-Savoie vous sonne sans doute une cloche. D’abord parce qu’elle a reçu l’Ordre de Gatineau en 2016. Cette année, c’est aux Culturiades qu’on lui a rendu hommage. Aussi, parce que la Maison Mathieu Froment-Savoie porte le nom de son fils.

À 75 ans, le piano a toujours fait partie de la vie de la Hulloise d’origine. L’amour de la musique a toujours été présent pour Pierrette Froment-Savoie. «À trois ans, je jouais par oreille, ma mère avait découvert ça en pensant que c’était ma sœur aînée, qui avait dix ans qui jouait les morceaux. Mais non, c’était moi qui jouait cela à l’oreille, des morceaux classiques», se remémore-t-elle.

À 5 ans, elle suit ses premiers cours de piano, au couvent. Peu de temps après avoir commencé, elle a l’occasion de jouer à l’orphelinat St-Thérèse. Fait à noter, ce lieu est devenu le conservatoire où elle travaille depuis 50 ans, enchaînera la principale intéressée.

Très jeune, elle accompagnait aussi sa sœur qui lisait des poèmes, à la radio de CKCH, dans l’ancienne ville de Hull. «J’improvisais de la musique sur les poèmes», se rappelle-t-elle.

Elle a multiplié les concours et a été lauréate à quelques reprises au Festival de musique d’Ottawa et au Concours de musique du Québec.

Elle ne s’est pas questionnée longtemps sur son avenir. À l’époque, les femmes se dirigeaient principalement vers des emplois de «garde-malade», «maîtresse d’école» ou secrétaire. «Ni un ni l’autre ne m’intéressait. Je savais ce que j’allais faire dans la vie, c’est juste ça (la musique) qui m’intéressait.»

Passionnée, elle a poursuivi en faisant des études avec  l’Université de Montréal. À l’étape de la maîtrise en interprétation pianistique, elle se rendait de façon hebdomadaire dans la métropole, tout en continuant à habiter en Outaouais. Elle y a aussi obtenu sa licence en musique.

Et du même coup, elle a décidé d’étudier au Conservatoire de musique de Montréal et ce, même si elle avait des études universitaires en cours. Pendant son passage, elle y a remporté six prix d’excellence. «J’ai appris énormément», raconte-t-elle.

Elle a entre autres été formée pendant une dizaine d'années par Lubka Kolessa, une pianiste de réputation internationale formée par trois élèves de Franz Liszt, un compositeur qu’elle affectionne d’ailleurs particulièrement.

Fait à noter, elle n’avait pas encore terminé ses études qu’on lui a offert un poste au nouveau Conservatoire de musique de Gatineau. Puis, l’Université d’Ottawa a ouvert un département de musique. Encore une fois, elle était en fin de parcours au Conservatoire de musique de Montréal quand on l’a approché pour un poste à temps plein.

Transmettre sa passion

Pierrette Froment-Savoie en convient, la musique est au cœur de sa vie depuis longtemps. «Je travaille énormément, je mange de la musique, tout le temps», confie-t-elle.

Quand elle n’enseigne pas, elle en profite entra autres pour faire de la lecture à vue pour des morceaux qu’elle ne connait pas. «Il y a des tonnes de morceaux que je n’ai jamais joué et qu’il faut que je joue, lance-t-elle, évoquant Chopin, Mozart et Beethoven. Je vais mourir un jour et je n’aurai jamais fait toute ma vie de musicienne, il y a tellement à apprendre.»

Même dans l’enseignement, elle y met toute sa passion afin de transmettre ses connaissances. Plutôt que de réutiliser les mêmes travaux et examens d’une année à l’autre, elle choisit plutôt de composer chaque année du nouveau matériel pour ses étudiants. «Ce sont des cours sur mesure que je fais», explique-t-elle. 

Elle ne se voit d’ailleurs pas prendre sa retraite. «Pour moi, je n’ai jamais eu l’Impression de travailler», raconte Pierrette Froment-Savoie. Tant que la santé lui permettra, elle n’a pas l’intention de cesser d’en apprendre à ses élèves sur le piano, l’harmonie, le contrepoint et autres matières à son horaire de professeure.

Un requiem pour Mathieu

Parmi ces œuvres majeures, notons le Requiem pour Mathieu, une pièce dédiée à son fils Mathieu, violoncelliste décédé en 1991, à l’âge de 13 ans, d’un cancer. «Mon fils, quand il a commencé à être malade, on savait qu’il avait le cancer, il connaissait la suite, il s’attendait à ne pas vivre longtemps, mais quand même il espérait. II m’avait demandé de composé un requiem, se souvient-elle. Il fallait que je le fasse.»

Une composition qui s’est fait sur de nombreuses semaines. «Ça m’a pris plusieurs mois, c’est une œuvre qui est assez longue aussi, 17 mouvements, raconte Pierrette Froment-Savoie. Ça a été inspiré. Je peux relater la vie de Mathieu dans le requiem. Pour moi, chaque mouvement est significatif.»

Chose certaine, depuis le décès de son fils, elle vit encore plus intensément chaque petit moment de la vie. «Hier, c’est passé pour moi. Depuis la mort de mon fils, je vis le moment présent. Avant, je pensais à plus tard. Maintenant non, c’est aujourd’hui…», conclut-elle. 

Des souvenirs gravés en mémoire

Quand elle pense à ce qu’elle a accompli, quelques souvenirs impérissables lui viennent en tête. Notamment lors du 100e anniversaire de la Confédération, alors qu’elle avait représenté la ville de Hull dans l’ouest du Canada, à l’âge de 25 ans.

Elle se rappelle aussi quand elle avait eu l’occasion de jouer pendant cinq heures lors d’un diner d’État à Rideau Hall, en présence du président des États-Unis, Ronald Reagan. Elle avait joué «par cœur», précise-t-elle. Puis, elle ne pourra jamais oublié quand, à 21 ans, elle a joué aux côtés de l’Orchestre symphonique de Montréal.