Un faux prétexte pour diminuer les GES

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Benoit Charette
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Un faux prétexte pour diminuer les GES

Benoit Charette

La semaine dernière, le gouvernement Charest par l’entremise de sa ministre de l’environnement, Mme Line Beauchamp s’est donné comme objectif une cible ambitieuse. D’ici à 2020, le gouvernement provincial souhaite diminuer de 10 à 20% les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapports à ce qu’il représentait en 1990. Et pour parvenir à ses fins, le gouvernement entend notamment hausser les taxes sur la vente de carburant à la pompe.

Cette hausse et le coût des futurs droits d'émission de GES des entreprises feraient grimper le prix de l'essence de 3,7 cents, voire de 12,7 cents le litre selon la cible choisie, indique le document de consultation rendu public par la ministre Beauchamp. Toute la logique de cette stratégie repose sur le simple fait que si le carburant est plus dispendieux, les gens vont en utiliser moins et de cette manière, les émissions de gaz à effet de serre vont diminuer. Laissez moi d’abord vous dire que je suis à 100% pour la réduction des gaz à effet de serre. Tous les spécialistes de la planète s’accordent pour dire que le réchauffement de la planète progresse à un rythme beaucoup plus rapide que prévu et les gaz à effet de serre sont largement responsables de cette situation. Mais le gouvernement du Québec se sert d’une bonne cause pour nous faire avaler une simple hausse de taxe. Nous le savons le gouvernement du Québec, comme celui du Canada, manque cruellement d’argent et les deux paliers de gouvernements tentent pas tous les moyens d’augmenter les entrées de fonds dans ses coffres. L’exemple récent des photos radars qui n’est rien de plus qu’une taxe volontaire pour remplir les coffres vides de la SAAQ parle de lui-même. En augmentant les taxes sur l’essence, le gouvernement du Québec met de l’argent directement dans ses poches.

Selon le document de consultation, la redevance sur les hydrocarbures, la taxe verte et la création d'un système de plafonnement et d'échange de droits d'émission de GES pour les entreprises engrangerait de 4,2 à 15,3 milliards de dollars pour le gouvernement du Québec, de 2012 à 2020, selon la cible fixée. Malheureusement, l’augmentation des taxes sur le prix du carburant n’aura que très peu d’effet. Même au plus fort de la crise du pétrole, lorsque le litre d’essence a atteint 1,50 le litre en juillet 2008, la diminution de carburant n’a atteint que 2%. Les gens qui ont une voiture en ont besoin et vont continuer de l’utiliser, même si le carburant est dispendieux.

Il faut aussi tenir compte du fait que l’automobiliste québécois est déjà le citoyen le plus taxé: il se perçoit tous les ans au-delà de 2,4 milliards de dollars de taxes liées au secteur de l’auto. Ce montant qui devait servir à l’origine à l’entretien du réseau routier s’est retrouvé aux fils des décennies à combler des déficits dans le fonds consolidé du gouvernement provincial et vous connaissez l’état du réseau routier aujourd’hui. Une autre partie de cet argent devait servir au fonds des accidentés de la route. Là aussi les coffres sont vides et les photos radars ont comme mandat de regarnir ces coffres

Si le gouvernement veut réellement diminuer les GES, il existe plusieurs méthodes efficaces. Il pourrait par exemple instaurer un programme d’inspection obligatoire des véhicules. La Colombie-Britannique et l’Ontario en ont un depuis plusieurs années. Cette mesure aurait un meilleur effet sur l’environnement que la taxe sur l’essence. Contrôler les véhicules de trois ans et plus aurait un impact majeur sur des centaines de milliers de véhicules et mettrait à la retraite des pollueurs mobiles qui traînent sur nos routes depuis trop longtemps.

Il faut également revoir nos façons de tarifer la conduite en appliquant le système du bonus malus. En un mot, il s’agit de faire payer les automobilistes au prorata de la distance parcourue chaque année. Si vous faites 10 000 Km par année, vous payez moins cher que celui qui en parcourt le double. Comment expliquer qu’à l’heure actuelle, les coûts de l’immatriculation sont les mêmes pour les gros conducteurs que pour les occasionnels? Que les polices d’assurances ne sont que peu ajustées aux kilomètres parcourus. Ou que l’immatriculation et l’assurance sont le même prix pour tout le monde, alors que certains privilégient le transport en commun?

Il y a tout de même un volet qu’il faut souligner. Pour atténuer les impacts et inciter les Québécois à changer leurs comportements, Québec créerait des programmes d'aide à l'utilisation de technologies vertes et des mesures en matière d'efficacité énergétique. Voilà une mesure qui récompense les bons comportements. Je suis contre toute forme de répression, elles sont contre-productives et mettent les gens de mauvaise humeur. Les automobilistes québécois n’ont plus la capacité de payer d’autres taxes. La diminution des GES doit passer par des programmes constructifs qui apporteront des changements de comportements. Le prix du carburant augmentera bien assez vite, quand l’économie reprendra du poil de la bête, sans que le gouvernement y rajoute de nouvelles taxes.

Benoit Charette est le co-propriétaire et rédacteur en chef de l'Annuel de l'automobile 2010.

Organisations: SAAQ

Lieux géographiques: Québec, Canada, Colombie-Britannique Ontario

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