L'effet boomerang de Layton

Roch Cholette
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L'année 2011 aura été fertile en émotions politiques au Canada. L'élection générale du printemps dernier aura vu le parti de Stephen Harper gagner une majorité de sièges à la Chambre des communes en dépit de sa piètre performance au Québec.

Roch Cholette

Mais j'imagine que c'est le prix à payer lorsque les électeurs québécois décident d'envoyer des messages à Ottawa plutôt que des députés au pouvoir. En fait, les Québécois ont envoyé trois messages.

Tout d'abord, les électeurs souhaitaient rappeler la raison d'être du Bloc Québécois. Le Bloc devait être éphémère. Pourtant, il était toujours là 20 ans après sa naissance. Le jugement a été sans appel. Il a été à toute fin pratique rayé de la carte politique du Québec.

Le deuxième message a été à l'endroit des conservateurs. Les Québécois ont eu peur des effets pour le Québec d'une victoire de la droite canadienne. Par contre, par leurs votes, ils ont confirmé ce que tous les ardents fédéralistes craignent : il est possible de gouverner le Canada sans le Québec. Le reste du Canada a sauté sur l'occasion. Historiquement, les Canadiens demandent "What does Quebec want?". La réponse est maintenant claire : "Who cares!"

Le troisième message était adressé à l'ensemble de la classe politique. Les Québécois ont dit clairement qu'ils aimaient - non, ils adoraient le style politique de Jack Layton. Il est affable, souriant et positif. Peu importe l'équipe qu'il présentait, peu importe l'impact réel de ses politiques sociales démocrates sur l'économie canadienne, sur le niveau de taxation, sur la création d'emploi, sur l'inflation ou les taux d'intérêt, les Québécois voulaient lui donner une chance. Les Québécois n'ont pas voté stratégiquement en mai 2011, ils ont voté avec leur cœur. Pas étonnant que les Québécois portent une plus grande importance au passage de Layton à "Tout le monde en parle" qu'à son passage à la table éditoriale du journal La Presse.

Malheureusement, son décès nous laisse tous orphelins de ce modèle politique rafraîchissant, un modèle qui inspirait la confiance. Mais son décès laisse également les Québécois avec une équipe de députés néo-démocrates incapables, pour la plupart, de défendre les intérêts supérieurs du Québec. Ce n'est qu'après son décès que les Québécois réalisent qu'ils ne voulaient pas voter pour le NPD, ils voulaient voter pour Jack. Ils ne voulaient pas voter pour des politiques sociales démocrates de gauche, ils voulaient voter pour Jack. Ils ne voulaient pas voter pour Nycole Turmel, Brian Topp ou Tom Mulcair comme chef, ils voulaient voter pour Jack.

Son départ prématuré sonne par contre un appel de réveil pour les Québécois qui s'apprêtent à aller aux urnes d'ici peu au Québec. Francois Legault flotte sur le vent de changement qui a débuté au fédéral. Mais Legault doit se méfier de l'effet boomerang du départ de Layton. Est-ce que les Québécois sont prêts à se brûler une deuxième fois en votant pour un homme sans se soucier de l'équipe qui l'entoure ou du programme politique qu'il propose?

Ironiquement, le départ de Layton aura probablement plus d'impact politique au Québec que sa victoire au Canada.

 

Organisations: Bloc Québécois, La Presse

Lieux géographiques: Québec, Canada, Ottawa Passage de Layton

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