La preuve vivante que le don d’organes peut sauver des vies

Marie Pier
Marie Pier Lécuyer
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Bien qu’il se soit écoulé vingt ans depuis le don d’un rein d’un fils à son père, Jacques St-Denis n’a pas oublié ce jour de juillet 1992 où son garçon Serge a pris cette grande décision qui allait lui sauver la vie.

C’est un 13 juillet que les deux hommes de Gatineau se sont retrouvés sur la table d’opération pour cette chirurgie majeure qui allait permettre à Jacques St-Denis de continuer à vivre. Âgé de 47 ans au moment de l’opération, il a soufflé cette année 67 chandelles. Son fils Serge de son côté n’avait que 21 ans lorsqu’il a passé sous le bistouri à l’Hôpital Royal Victoria, à Montréal.

Jacques St-Denis était malade depuis l’âge de dix ans, ayant les reins polykystiques. «Quand tu en as sur un rein, ça va attaquer l’autre», explique-t-il. Après avoir passé une enfance malade, l’homme voit le tout disparaître durant la vingtaine. Vers trente ans, le tout revient et la situation empire.

Plusieurs années plus tard, il doit se résigner à l’hémodialyse, à raison de plusieurs heures par jour. Huit mois plus tard, Serge s’installe à la table de cuisine et mentionne à son père son intention de lui donner un rein. «Quand tu vis avec ta famille dans une maison et tu vois ton père malade, tu te demandes ce que tu peux faire pour l’aider», raconte Serge.

Pour lui, faire le don d’un de ses reins allait de soi, puisque le corps peut fonctionner avec un seul. «Ce n’est pas tout le monde qui peut avoir eu la chance de redonner la santé et la vie à ses parents», lance-t-il. À 21 ans, il était aussi l’un des plus jeunes à l’époque à avoir posé ce geste envers son père, alors que plus souvent, c’est le contraire qui se produit.

Mais lorsque son fils lui fait l’offre au départ, il refuse que celui-ci fasse se geste pour lui. «Je lui ai dit non, je me sentais trop égoïste», raconte Jacques St-Denis.

Entre temps, Serge réalisait une série de test de compatibilité, à l’insu de son père. Après maintes hésitations, Jacques St-Denis a finalement accepté l’offre de son fils. Mais avant que les deux hommes se présentent pour l’opération finale, Jacques St-Denis devait se faire enlever les deux reins. «Le rein de Serge aurait pu être attaqué s’ils ne me les enlevaient pas», explique-t-il.

Trois mois plus tard, le 13 juillet, le don d’organes est réalisé. «Il a fait le don de vie, le don d’organes», indique Jacques St-Denis.

Aujourd’hui, il peut se targuer d’avoir vécu vingt belles années depuis le don de son fils. Il a pu voir ses enfants grandir et a vu sa petite fille avoir un garçon. Il a aussi célébré cette année cinquante ans au côté de son épouse.

Depuis vingt ans, il peut aussi profiter des petites choses de la vie, jouer aux quilles, aux poches ou au billard ou simplement, aller prendre une marche avec son épouse. «Ça m’a donné une deuxième vie», raconte-t-il.

Bien conscient de la chance qu’il a, Jacques St-Denis fait plus qu’attention à santé. «Je ne veux pas perdre le don qu’il m’a donné. (…) Je suis conscient du cadeau d’amour et j’en prends soin énormément, ce n’est pas acquis à tout le monde d’avoir ce privilège-là d’avoir une deuxième vie. Je ne pourrai jamais lui redonner ce qu’il m’a donné.»

Et pour célébrer les vingt ans de ce don qui permet au père de continuer à côtoyer son épouse, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants se réuniront samedi pour souligner les vingt ans du succès du don.

L’importance du don d’organes

Preuve vivante que le don d’organes peut sauver des vies, Jacques St-Denis et son fils rappelle l’importance primordiale de signer sa carte d’assurance-maladie et de s’assurer de dire à nos proches notre consentement à donner des organes lors du décès. «Le don d’organes, que tu sois jeune ou plus vieux, si tu es compatible, ça fonctionne», affirme Jacques St-Denis.

Son fils souhaite aussi faire tomber les tabous sur le don de son vivant, rappelant que le corps humain fonctionne normalement avec un seul rein. L’opération n’aura hypothéqué en rien la santé de Serge St-Denis.

C’est afin de sensibiliser les gens au don d’organes que Jacques et Serge St-Denis continuent après vingt ans à raconter leur histoire. «Tant et aussi longtemps qu’il a personne dans ton entourage ou ta famille qui a besoin d’un don d’organes, les gens, ça ne les touchent pas, croit Serge. Mais quand ça arrive chez eux, il réalise comment c’est important.»

Pour ce dernier, bien que la décision puisse être difficile à prendre lors du décès d’un proche, il est important de rappeler que les différents dons d’organes permettront à d’autres personnes de vivre. «Le plus grand héritage qu’on peut donner à notre décès, c’est la vie», ajoute son père.

Bien que le nombre de don d’organes soit plus élevé aujourd’hui qu’il y a vingt ans, il n’y en a toujours pas assez, croit Serge St-Denis. «Faites-le, ça marche…», conclut-il.

Organisations: Hôpital Royal Victoria

Lieux géographiques: Gatineau, Montréal

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