L'anthropologue et auteur Pierre Crépaud a écrit sur plusieurs sujets dans sa vie, mais c'est une histoire de jeunesse difficile qui lui a valu les honneurs du prix de la Fondation Fleur de Lys. (Photo: Patrick Voyer)
L'anthropologue et auteur Pierre Crépaud récompensé
Pierre Crépaud a remporté le concours littéraire du 5e anniversaire de la Fondation Fleur de Lys, son éditeur, avec Amadou, un touchant bouquin sur les réalités québécoises dans la période Duplessis jusqu'à la Révolution tranquille.
Amadou raconte l'histoire d'un homme malchanceux que l'on suit de sa naissance rurale à ses 30 ans. «C'est un enfant abandonné sur le perron d'un couvent. Il est né en 1930 et on le suit jusqu'au début de la Révolution tranquille, explique le prolifique auteur. C'est la période dans laquelle j'ai grandi et c'était dans le but de parler de quelque chose: tu sais, on a parlé des enfants de Duplessis, mais bien de ces enfants ont été adoptés par des familles bien encrées. Ces enfants avaient de la misère, car ils étaient les "enfants du péché", on a toujours eu peur d'eux car on ne connaissait pas leurs racines; est-ce que leur père et leur mère étaient du bon monde? Et on les traitait à la dure parce que tout le monde se traitait à la dure!»
En fait, Amadou est un de ces nombreux rejetons enfantés par des jeunes femmes campagnardes, jugées justement "trop jeunes" dans ce temps-là pour accoucher. Les mœurs légères n'étaient pas bien vues et même si cet enfant avait été conçu dans l'amour, il n'était pas accepté comme les autres. «Aujourd'hui, la liberté des mœurs, on comprend plus ça, mais dans ce temps-là, c'était pas un cadeau», déplore Pierre Crépaud. Ça jasait tant au village, que les enfants étaient "distribués" à droite et à gauche.
Et que dire des mères?! Les préjugés et insultes à leur endroit pleuvaient, alors elles préféraient se départir de leur enfant. C'est cela qui a notamment créé le phénomène des adultes qui recherchent leurs parents, des grands qui désirent combler leur part manquante et oublier leur passé. «Aujourd'hui, c'est facile de retracer sa mère biologique, mais dans ce temps-là, oublie ça.»
Une belle et longue vie
Pierre Crépaud a été récompensé pour la qualité de son écriture, franche et riche, l'originalité du sujet, les trésors de sa langue et l'intérêt suscité chez le lecteur. Un bel honneur pour un homme devenu auteur par accident… «Je ne suis pas un écrivain ou un poète, je suis un anthropologue. Mais j'avoue que quand je travaillais au Musée (des civilisations), la correction, la précision et le style étaient des priorités pour moi.»
Le lauréat a étudié et travaillé au Rwanda pendant 14 ans, une expérience pleine de souvenirs, dont des livres de contes, de proverbes et de critiques sur la façon dont les médias ont couvert le génocide. Les trente années subséquentes, il les passera au MCC comme chargé de programme et comme retraité à la plume aiguisée. On retrouve parmi ses ouvrages des romans, des guides, un livre sur les jeux de patience (son meilleur vendeur), des essais et des nouvelles.
Pierre Crépaud est très versatile: imaginatif, ironique, terre-à-terre, revendicateur, scientifique, sa bibliothèque et sa bibliographie est un réel melting-pot. Et il n'a pas l'intention d'arrêter: la vieillesse et la jeunesse sont ses deux prochaines sphères à scribouiller.
L'observation de l'humain, tel qu'il l'a prouvé avec Amadou, et l'écriture le tiennent bien en forme. «J'écris parce que ça me garde debout, mais ce n'est pas quelque chose que je conseillerais à tout le monde parce que ça prend une certaine liberté d'esprit…», conclut le sage homme.